Regain de violences xénophobes en Afrique du Sud

Afrique australe Des attaques contre des migrants ont fait cinq morts. Le roi des Zoulous a mis le feu aux poudres

Les immigrés africains doivent «plier bagage», a déclaré Goodwill Zwelithini, roi des 12 millions de Zoulous, fin mars. Depuis deux semaines, ses sujets se livrent à une chasse à l’homme à Durban: près de 2000 ressortissants du Zimbabwe, du Mozambique, du Malawi et de la République démocratique du Congo (RDC) ont trouvé refuge dans un stade et des postes de police.

«Un de mes compatriotes travaillait comme vigile dans une boîte de nuit, explique Kapele Mutachi, de Solidarité congolaise. On lui a jeté dessus un cocktail Molotov et il a brûlé vif. L’ambulance a mis deux heures pour arriver et il n’a pas survécu.» Selon ce diplômé en management venu du Sud-Kivu, qui survit en exerçant le métier de coiffeur dans le centre-ville, «la tension est énorme. Des groupes armés viennent sans cesse des townships pour nous attaquer. Nous avons juste des machettes pour nous défendre.» Même lors de la «marche contre la xénophobie», qui a rassemblé 10 000 personnes jeudi dans la ville portuaire, des manifestants ont été attaqués en fin de cortège.

Police sur le qui-vive

Cette semaine, les violences ont gagné Johannesburg: vendredi, la police a tiré des balles en caoutchouc pour disperser des Zoulous venus d’un hostel (dortoir) qui ont incendié un garage tenu par un Nigérian. La police est sur le qui-vive pour éviter une répétition des violences de 2008, quand 62 migrants africains avaient trouvé la mort.

L’Afrique du Sud accueille un million d’Africains, surtout des pays voisins, et au moins autant d’illégaux. Ils représentent seulement 4% de la population mais sont très nombreux dans certains secteurs: les petites échoppes, la restauration, la construction et la sécurité. Un succès qui crée beaucoup de jalousie dans un pays où le taux de chômage est de 25%. Ainsi, des dizaines de commerçants somaliens sont tués chaque année dans des townships. «Nos chômeurs n’ont aucun plan, déplore Lebogang Kubaye, un étudiant du township d’Alexandra. L’ANC leur a promis un emploi salarié et un salaire décent. Pas question pour eux d’accepter des petits boulots mal payés ou de lancer un petit commerce, comme le font les migrants, qui sont mieux éduqués et ne perçoivent aucune aide sociale.»

Mais les mouvements de colère contre les «frères» africains ne seraient pas spontanés: «Dans les réunions publiques, certains élus locaux et petits opérateurs économiques des townships accusent les migrants africains d’être responsables du chômage, de la criminalité et du manque de logements, affirme Marc Gbaffou, le président ivoirien du Forum de la diaspora africain. Ce n’est pas un hasard si cette nouvelle vague de violence intervient à un an des élections municipales.»

Chercheur au Centre africain de la migration à l’Université de Wits, Pierre Misago, lui-même originaire du Burundi, ajoute que «ces leaders locaux ne sont jamais inquiétés. Il y a un sentiment général d’impunité. En janvier dernier, lors de pillages xénophobes à Soweto, des jour­nalistes ont filmé des policiers impassibles ou, pire, se servant au passage. Après les attaques meurtrières de 2008, personne n’a été condamné.»

Le président Zuma réagit

Pendant longtemps, le gouvernement a préféré nier le problème de la xénophobie. Jeudi, devant le parlement, le président Jacob Zuma a trouvé les mots justes: «Aucun niveau de frustration ou de colère ne justifiera jamais les attaques contre les étrangers et le pillage de leur magasin», en ajoutant que «les Sud-Africains en général n’étaient pas xénophobes». Mais certains ministres ont jeté de l’huile sur le feu, comme celui de la Police, Nathi Nhleko, qui a accusé les illégaux de se livrer à des activités criminelles. Ou Edward Zuma, le fils aîné du chef de l’Etat, qui estime que ces derniers représentent un danger pour le pays: «Ils ont des armes illégales. On ne peut pas exclure la possibilité d’un coup dans le futur. Ils doivent partir.»

Pour l’ancien archevêque du Cap et Prix Nobel de la paix Desmond Tutu, le «pays arc-en-ciel, qui a empli le monde d’espoir, n’est plus que la sale ombre de lui-même».