Depuis la prise du contrôle de l’Afghanistan par les talibans, la famille de Djawed Sangdel ne quitte plus le lieu où elle s’est réfugiée. Le directeur de la Swiss UMEF University échange quotidiennement avec elle et ses collègues de l’institution qui dispose de deux campus à Kaboul. L’université, qui accueillait 7000 étudiants, est actuellement fermée et a reçu la visite des talibans. Depuis dimanche, les rues de la capitale sont plutôt calmes même si des manifestations arborant le drapeau national de l’Afghanistan, remplacé par celui des talibans, ont eu lieu ces deux derniers jours.

En revanche, selon ses contacts dans la capitale, la situation autour de l’aéroport de Kaboul est grave. Des milliers d’Afghans s’y pressent toujours, espérant pouvoir fuir le pays. Certains d’entre eux patientent depuis plusieurs jours, parfois sans eau et sans nourriture. Pour Djawed Sangdel, entre le chaos qui entoure l’aéroport et la fermeture de la plupart des frontières, il est quasiment impossible aujourd’hui de quitter le pays. D’autant que sur place, il est difficile de trouver un responsable chez les talibans à qui s’adresser.

Outre la crainte du nouveau régime et un début de contestation qui pourrait mener à une guerre civile, Djawed Sangdel fait état d’autres problèmes qui émergent. Les chaînes de télévision ont modifié leurs programmes, des membres de l’ancien gouvernement sont portés disparus et les prix de la nourriture flambent.

Retrouvez le carnet de bord de Djawed Sangdel

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Malgré le triomphe des talibans, Erhard Bauer, chef de délégation chez Terre des Hommes pour l’Afghanistan, le Pakistan et le Tadjikistan a fait le choix de rester contrairement à de nombreux travailleurs humanitaires, rapatriés par leurs organisations. L’ONG est active dans le domaine de la santé infantile et aide les mères vulnérables à accoucher dans différentes villes du pays. Depuis l’arrivée des talibans, ses activités sont suspendues.

Erhard Bauer espère pouvoir reprendre le travail le plus tôt possible, mais malgré les déclarations des talibans, les sages-femmes de l’organisation ne savent toujours pas si elles pourront continuer à exercer leur profession. L’humanitaire décrit lui aussi la difficulté à trouver un interlocuteur à qui s’adresser parmi les talibans, en particulier à Kaboul. En attendant un signal positif, il échange avec ses collaborateurs et les bénéficiaires des actions de l’ONG pour les rassurer. Jusqu’à présent, malgré quelques problèmes ponctuels, les moyens de communication restent accessibles.

Par mesure de sécurité, les collaborateurs de Terre des Hommes doivent rester chez eux, mais en début de semaine Erhard Bauer a pu se rendre brièvement dans les rues de la capitale. Il dépeint une ville étonnamment vide. L’humanitaire fait aussi le constat de l’écart entre les informations données par les médias occidentaux et de la situation vécue sur place.

Retrouvez le carnet de bord d’Erhard Bauer