La Chine poursuit ses réformes. Malgré le bourdonnement de fonds de la crise mondiale, la session plénière du Comité central du Parti communiste chinois s'est officiellement concentrée sur l'évolution de la réforme agraire chinoise. A l'issue des quatre jours de réunion annuelle, l'agence de presse officielle Chine nouvelle a annoncé dimanche la décision «de doubler le revenu annuel par habitant des résidents ruraux entre 2008 et 2020» et d'«accroître par une forte marge la consommation des résidents ruraux et d'éliminer la pauvreté absolue des régions rurales d'ici à 2020.»

Les réformes acceptées en décembre 1978 par l'Etat chinois et mises en place dans les années suivantes par Deng Xiaoping avaient dans un premier temps largement favorisé les campagnes, en déroute après la mise en place forcée des communes populaires. La fin progressive jusqu'en 1984 de ce système de gestion des terres et de leurs revenus avait ensuite fait grandement progresser les conditions de vie des paysans, et ce pendant toute la décennie. Depuis, les villes ont majoritairement profité de la croissance de l'économie. L'Etat avait décidé de délaissé les campagnes pour atténuer la colère des citadins, notamment en partie responsable du mouvement du printemps de Pékin en 1989.

Instabilité sociale

Ces dernières années, l'instabilité sociale dans les campagnes a obligé Pékin à se pencher de nouveau sur la question du monde paysan. Selon Hu Jintao, le secrétaire général du PC, «le système de contrat sur l'exploitation forfaitaire de la terre (droit d'usage accordé aux paysans pour une période de trente ans) restera stable et non modifiable à long terme, mais il va aussi être mieux garanti. En même temps, selon le souhait des agriculteurs, autoriser différentes formes de «circulation» de ces droits permettra aux agriculteurs de développer des exploitations de dimension raisonnable». Même si les paysans ne sont pas propriétaires de leurs terres puisque celles-ci appartiennent à l'Etat, ils sont autorisés dans certaines provinces côtières comme le Zhejiang à les louer, à vendre leurs droits d'utilisation, à les échanger, etc. L'Etat veut donc approuver cette évolution.

Comme l'analysait dans le quotidien officiel en langue anglaise China Daily le professeur de l'académie chinoise des sciences sociales Dang Guoying, «ce mouvement va accélérer l'urbanisation du pays en amenant plus de fermiers dans les villes avec les entrepreneurs de grandes fermes promouvant l'agriculture moderne dans les régions rurales». Les fermiers qui le désireront pourront quitter leurs terres en échange de revenus locatifs. Ces échanges permettront l'établissement de grandes exploitations, elles-mêmes encouragées par l'Etat car plus productives que les multiples exploitations individuelles actuelles. Une évolution qui permet d'assurer dès aujourd'hui que Pékin remplira son objectif de doublement du revenu par habitant des ruraux d'ici à 2020: ils seront bien moins nombreux à se partager les revenus agricoles puisque la majorité des ruraux auront quitté les campagnes pour la ville.