Syrie

Le régime de Damas poignarde les derniers espoirs de Genève

En s’attaquant à deux villes emblème, l’aviation syrienne adresse un cruel message à l’opposition

Jour après jour, pendant un mois entier, c’était la même ardeur inquiète. Se réunissant dans la rue principale de la petite ville de Maarat al-Numan, dans la province d’Idlib, la foule s’enhardit, commence à scander des chants en faveur de la «révolution». Des hommes, mais aussi des femmes et des enfants brandissent des drapeaux, s’en prennent au régime de Bachar el-Assad et surtout aux islamistes du Front al-Nusra, la branche syrienne d’Al-Qaida. Peu à peu, à la faveur du relatif cessez-le-feu instauré depuis le 27 février, la population reprend le contrôle progressif de la ville. Mi-mars, la foule en vient même à incendier le bâtiment qui sert de quartier général à Al-Qaida, après que les djihadistes ont tenté auparavant de prendre le dessus sur l’Armée syrienne libre (l’opposition dite «modérée»).

Les avions syriens bombardent les villes, et les pourparlers

Mardi, c’est ce cœur vibrant de la résistance populaire qui a été frappé par des avions syriens. Les images montrent des scènes insoutenables de corps de jeunes hommes littéralement coupés en deux. Aux abords du marché, de dizaines de cadavres éclatés sur la chaussée: au moins 37, selon le décompte établi par l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme (OSDH). La désolation est la même à Kafranbel, situé également à Idlib, où la population s’était rendue célèbre en dessinant des banderoles pleines d’ironie sur la tragédie dont elle est la victime. Ici aussi, c’est un marché qui a été visé (au moins sept morts). A Homs, encore, les avions syriens ont mené une quinzaine de bombardements, selon l’OSDH.

S’il s’était agi de donner la dernière estocade aux pourparlers de Genève et au cessez-le-feu qui les accompagnait, le régime syrien n’aurait sans doute pas opéré autrement. Mais à la vérité, ce dernier coup de poignard n’était plus réellement nécessaire: à Genève, au même moment, les responsables du Haut comité des négociations (HCN), la principale branche de l’opposition syrienne, avaient déjà fini d’empaqueter leurs affaires. Mettant un terme à l’illusion diplomatique tentée par l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura (LT du 19.04.2016), le coordinateur de l’opposition, Riad Hijab, confirmait bien que les pourparlers, du moins pour le HCN, sont suspendus jusqu’à nouvel ordre.

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De fait, les critiques des ténors de cette opposition soutenue par les Occidentaux, les pays du Golfe et la Turquie, semblaient d’autant plus dures que, jusqu’ici, ils avaient tout fait pour endosser le rôle de bons élèves appliqués. «Tout ce que l’on a fait ici, c’est de manier des concepts insensés et des déclarations creuses», en est venu à dire le responsable de l’opposition. A Staffan de Mistura, Riad Hijab a reproché de ne pas afficher un calendrier clair en ce qui concerne le départ de Bachar el-Assad. «Le prix de ce temps perdu, c’est le sang et la famine», a-t-il fulminé, en référence aux bombardements et aux villes maintenues sous un siège implacable par l’armée syrienne et ses alliés.

L'ONU doit prendre le relais selon l'opposition du HCN

Alors que le diplomate de l’ONU avait soumis ces derniers jours à l’opposition des formules «exploratoires» qui auraient signifié un maintien au pouvoir du président syrien (flanqué de 3 vice-présidents émanant de l’opposition), Riad Hijab s’est montré tranchant: «Il ne peut y avoir de processus politique qui préserve la vie de ce régime criminel», tonnait-il. A plusieurs reprises, le dirigeant de l’opposition s’est adressé directement aux troupes qui combattent l’armée syrienne et ses alliés sur le terrain, comme si c’était elles qu’il fallait en réalité convaincre: «Soyez assurés que nous ne ferons aucune concession sur les principes et les objectifs de la révolution.»

Aux yeux de l’opposition du HCN, il appartient désormais au Conseil de sécurité de l’ONU de prendre le relais, afin d’obtenir un nouveau cessez-le-feu mais aussi la levée des sièges et de progresser sur la question de la libération des prisonniers. «A cette condition, nous sommes prêts à revenir à Genève», a affirmé Riad Hijab.

Ce n’est pas avant vendredi que Staffan de Mistura devrait annoncer la fin officielle de ce troisième round de négociations. Mais d’ores et déjà, le rideau peut être tiré. «Nous avons beaucoup d’autres options que la poursuite des discussions» voulait croire mardi l’opposition. Comme, par exemple, de mourir sur les étals du marché de Maarat al-Numan?

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