Jeudi 7 avril, le correspondant pour le site d’information Al-Arabiya.net, Mohamed Zaid Mistou, a disparu. Deux jours plus tard, le journaliste indépendant Khaled Sid Mohand, collaborateur pour Le Monde et France Culture, était arrêté chez lui à Damas. Depuis, pas de nouvelles. Comme d’autres avant eux, ils sont tombés dans le trou noir de la détention arbitraire.

13 journalistes arrêtés

L’étau se resserre peu à peu sur les médias présents dans le pays, alors que la violence s’intensifie. Depuis lundi, la ville de Deraa est assiégée par l’armée. Les routes, l’eau et l’électricité ont été coupées, ainsi qu’Internet et les réseaux de téléphonie. Le régime massacre à huis clos.

«Nous avons un mal fou à obtenir des informations sur ce qu’il se passe en ce moment», admet Soazig Dollet, responsable de la zone Maghreb et Moyen-Orient à Reporters sans frontières (RSF). En six semaines, RSF a rapporté l’arrestation d’au moins 13 journalistes. La plupart ont été relâchés, puis expulsés du pays. Cinq d’entre eux ne donnent plus signe de vie depuis plusieurs semaines. «Nous craignons le pire pour leur intégrité physique», s’inquiète Soazig Dollet. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU tiendra vendredi à Genève une session spéciale sur la situation en Syrie, à la demande des Etats-Unis. «Les détenus risquent de payer les frais des jeux diplomatiques», alerte Soazig Dollet.

Le blocus sur l’information n’est pas près d’être levé. Le gouvernement syrien n’accorde plus de laissez-passer aux journalistes et les visas touristiques sont délivrés au compte-gouttes. «Les quelques journalistes étrangers encore en Syrie restent cloîtrés à Damas, où il leur est impossible de travailler. L’un d’entre eux m’a confié qu’il était plus aisé d’obtenir des informations de l’extérieur», constate Wissam Tarif, directeur de l’ONG pour les droits humains Insan. De retour de Syrie depuis une semaine, il témoigne des difficultés à documenter les exactions commises par les forces syriennes. «Nous tentons de voir les cadavres, de les identifier, de rapporter les cas de torture. Nous avons pu constater de nombreux cas d’impacts de balle au niveau de la tête. Et nous ne comptons même plus le nombre de détentions arbitraires», détaille le chercheur.

La peur ambiante ne fait qu’envenimer la situation. «Beaucoup de journalistes attendent d’être sortis pour rapporter ce qu’ils ont vu», explique Soazig Dollet. En attendant, les principaux médias couvrent les événements depuis le Liban, avec toutes les limites que cela comporte. «Dans la société syrienne, depuis des années, la surveillance est omniprésente, jusque dans l’esprit des gens. Les téléphones sont sur écoute. Il est dangereux de témoigner par ce biais. Internet n’est pas un lieu sûr non plus. La bataille se fait dans la rue.»

Pour certains toutefois, la guerre se mène sur la toile. A l’image d’autres cyberactivistes syriens exilés, Rami Nakhle, accroché à son ordinateur portable, collecte depuis Beyrouth témoignages, photos et vidéos que lui envoient ses amis au front et les diffuse sur Internet. Les autorités l’ont menacé via Facebook, ainsi que sa famille, en vain. Rien ne semble arrêter le jeune homme dans sa quête frénétique de vérité.

«Aujourd’hui, les médias en Syrie, ce sont les citoyens», estime Ernest Sagaga de la Fédération internationale des journalistes. ö Page 13