«Le régime doit donner une indication claire qu’il emprunte la voie des réformes»: un porte-parole des Frères musulmans a résumé dimanche la méfiance de l’opposition, au moment où débutaient des discussions sur la transition avec le vice-président Omar Souleimane. Un «dialogue national» présenté par les médias officiels comme un signe supplémentaire de normalisation en ce jour de «retour au travail», où la plupart des banques et certaines administrations ont rouvert leurs portes, au soulagement de nombreux Egyptiens. La bourse du Caire, baromètre attendu de l’impact de la crise sur les investissements étrangers, est en revanche restée fermée.

Alors que la mobilisation anti-Moubarak reste forte, les opposants et le pouvoir sont parvenus, selon ce dernier, à «un consensus» sur la formation «d’un comité chargé de proposer des amendements constitutionnels et les amendements législatifs requis» pour ouvrir la voie à la démocratisation du pays.

Ce comité, qui sera composé de juristes et de personnalités politiques, devrait remettre ses conclusions avant la première semaine de mars. Omar Souleimane a de nouveau exclu d’assumer d’ici là les pouvoirs de Hosni Moubarak, comme le lui demandent les contestataires, toujours déterminés à obtenir le départ du président égyptien avant la fin de son mandat, en septembre.

«Il serait très décevant de s’entendre dire que Moubarak doit rester au pouvoir et piloter lui-même le changement», a rappelé Mohamed ElBaradei, l’une des rares figures de l’opposition, assurant ne pas avoir été invité à participer à ce dialogue «opaque». «Personne ne sait qui parle à qui. Le processus est géré par le vice-président Souleimane, par l’armée et c’est bien ça le problème. Le président est un militaire, le vice-président est un militaire et le premier ministre [Ahmad Chafic] est un militaire. Je pense que si vous voulez réellement instaurer la confiance, il est indispensable de faire participer les civils», a expliqué le Prix Nobel de la paix.

«Nous ne sommes pas engagés dans des négociations, mais dans un cycle de dialogue destiné à évaluer le sérieux des autorités dans leur réponse aux revendications de la population», lui a fait écho le porte-parole des Frères musulmans, jugeant les réformes proposées «insuffisantes». Les opposants craignent en effet que les discussions en cours ne soient qu’un moyen pour le régime de désamorcer la mobilisation de la rue, avant de rasseoir son emprise sur le pays quand la pression internationale aura diminué.

Les manifestants de la première heure, qui ne se reconnaissent ni dans les islamistes, ni dans des partis laïcs depuis longtemps décrédibilisés, et ont le sentiment de «se faire voler leur révolution», sont encore plus méfiants. Pour essayer de les convaincre, le pouvoir a promis de nouvelles mesures d’ouverture, dont la création d’un «bureau» qui recevra les plaintes au sujet des prisonniers politiques et la suppression des restrictions imposées aux médias. Il a aussi envisagé la levée, «dès que la situation sécuritaire le permettra», de la loi d’urgence en vigueur depuis trente ans.

Le régime a aussi tourné une page symbolique avec la démission de la direction du parti au pouvoir. A commencer par deux figures honnies des protestataires, Safouat el-Chérif, un cacique du régime, qui avait tourné en dérision les premières manifestations, et Gamal Moubarak, le fils du président, passé en quelques jours du statut d’héritier potentiel aux oubliettes. Une voie que les opposants rêvent toujours de voir son père emprunter. Selon Mohamed ElBaradei, «le départ de Moubarak serait le signe le plus clair que nous sommes sur le chemin d’un changement de régime».