Paris et sa couronne sont toujours assiégées. Si la levée du confinement strict de la population française interviendra bien le 11 mai sur l’ensemble du territoire, la capitale reste de loin le cas le plus problématique.

Quatre régions demeurent en couleur «rouge» sur la carte présentée par le premier ministre Edouard Philippe le jeudi 7 mai: l’Ile-de-France, les Hauts-de-France (nord), le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté. Mais c’est autour de Paris que le sort de la France sanitaire se joue, compte tenu de la saturation persistante des services de réanimation et des risques de nouvelle vague épidémique si le déconfinement devait réaccélérer la circulation du coronavirus. «Le pays est divisé en deux, mais malgré la baisse continue des cas, l’Ile-de-France continue de présenter un taux de contamination élevé, avec plus de 80% des lits en réanimation occupés par des cas de Covid-19, ce qui impose une vigilance particulière», a reconnu Edouard Philippe en montrant cette carte conçue à partir de deux indicateurs principaux: le nombre d’infections au coronavirus et la situation des hôpitaux. La lointaine petite île de Mayotte, dans l’océan Indien, est l’endroit le plus problématique du pays puisque la circulation du virus continue d’accélérer. Résultat: les mesures de confinement strict y resteront en vigueur.

Le cas de Paris et de la région parisienne pose de multiples défis, au moment où la France «verte», située grosso modo au sud d’une diagonale Le Havre-Genève, s’apprête à renouer avec une vie normale. Dans cette partie du pays, la réouverture des écoles primaires le lundi 11 mai sera suivie par celles des collèges le 18 mai. Mieux: après le redémarrage de l’ensemble des commerces ce lundi (mesure nationale), les cafés, restaurants et autres lieux de convivialité pourraient y être autorisés à rouvrir dès le début juin. La capitale française, en revanche, demeurera verrouillée et sous surveillance et les zones rouges ne retrouveront pas le chemin des terrasses avant, probablement, le début du mois de juillet. «Je n’exclus pas des mesures supplémentaires», a expliqué le chef du gouvernement. Le plan de déconfinement national, supervisé par le haut fonctionnaire Jean Castex, maire de Prades, une commune de 6000 habitants des Pyrénées-Orientales, sera bientôt rendu public. La mise en place de ces mesures coïncidera avec l’adoption, par l’Assemblée nationale, du projet de loi sur la prolongation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’au 23 juillet à minuit, votée mardi par le Sénat.

Masque obligatoire dans les transports

Plusieurs décisions montrent que le verrouillage de la France reste en vigueur. Exemple dans les transports en commun pour les grandes villes, où l’augmentation du trafic (jusqu’à 50% de l’offre avant Covid-19) sera pondérée par deux exigences: le port du masque obligatoire et une politique de circulation préférentielle aux heures de pointe, réservées aux personnes se déplaçant pour «motifs impérieux». Exemple aussi dans les départements où les déplacements resteront contrôlés par les forces de l’ordre. Se déplacer au sein de son département sera possible sans restriction, mais aller au-delà des limites départementales ne sera permis que dans un rayon de 100 kilomètres, avec nouvelle attestation à la clé à télécharger ou à imprimer. Les gares, aérogares et stations de métro resteront quadrillées par des policiers et des équipes de sécurité autorisées à infliger des amendes d’au moins 135 euros. Tous les événements rassemblant plus de 5000 personnes restent interdits jusqu’en septembre.

Le point en France

La question des frontières, très sensible pour les pays voisins de la France comme la Suisse, est aussi sous surveillance. Celles-ci demeurent fermées jusqu’au 15 juin et la prolongation de l’état d’urgence sanitaire permet d’obliger les ressortissants venus de l’étranger à une quarantaine. Point important toutefois: ces mesures ne seront pas appliquées pour les pays européens, mais elles pourront être au besoin rétablies. Les déplacements en France pour des ressortissants suisses devront néanmoins se faire avec justificatifs à l’appui. Seront autorisés: les frontaliers qui circulent depuis le début de l’épidémie, les personnes pouvant arguer de liens familiaux ou économiquement «impérieux» avec la France et les personnes venant exercer une activité professionnelle saisonnière.

Tester massivement

Restent les deux sujets devenus symboles de la crise sanitaire française: les masques de protection et les tests. Lesquels posent aussi la question de la gestion des nouveaux cas de contamination. Les masques? Cent millions seront mis sur le marché chaque semaine à partir du 11 mai et ils seront dès cette date largement commercialisés. Les tests? «La France est prête à tester massivement», a affirmé le ministre de la santé, Olivier Véran, qui a détaillé la procédure de traçage mise en place. Chaque individu symptomatique, une fois testé et confirmé comme malade du Covid-19, sera invité à s’isoler et à faire la liste des personnes fréquentées les deux semaines précédentes. Ces personnes seront alors contactées par les autorités sanitaires, invitées à s’isoler aussi et à être testées après sept jours.

«Il faut que nous puissions vivre avec le virus», a asséné le premier ministre français. Au vu du caractère très précautionneux du déconfinement, cela signifie encore l’absence d’un retour à la normale pour une large partie de la population.


Commentaire

Verte ou rouge, une France centralisée

Le déconfinement de la population française ne fait que s’amorcer le 11 mai, même dans les départements «verts». Malgré les nuances régionales, la centralisation demeure la règle

Les départements français «verts» n’ont pas encore gagné leur droit au déconfinement strict. Certes, cette partie du pays où l’épidémie paraît contrôlée devrait aller de l’avant plus vite. Plus d’écoles rouvertes. Plus de lits d’hôpitaux disponibles. Plus de latitude laissée aux entreprises. Une possible réouverture anticipée des plages, parcs et jardins. Mais c’est début juin que la frontière rouge-vert prendra vraiment son sens, lorsque pourraient être décidées les premières réouvertures des «lieux de convivialité» tels que les restaurants et les cafés, et l’extension de la libre circulation dans ces zones «libérées».

Rien n’est donc acquis. Ce qui interroge. Pourquoi ne pas avoir, à titre expérimental, accéléré le déconfinement dans les zones rurales très peu atteintes par le Covid-19? Pourquoi, d'un côté, présenter une carte de la France contrastée, et s’en tenir, de l’autre, à des règles nationales?

La réponse est simple. C’est à Paris, où se joue désormais l’avenir de la pandémie, que tout continue d’être décidé. Alors que la carte dit la diversité médico-géographique et la réalité d’une décentralisation sanitaire, le déconfinement en rouge et vert reste, lui, très français. C’est-à-dire très centralisé. R.W.