Un accès de fièvre électorale – à vrai dire très modéré – a fini par gagner la France à l’approche du premier tour des régionales, dimanche. Sur fond d’ultimes meetings et de polémiques, la droite au pouvoir affrontait vendredi le spectre d’une défaite encore plus complète que prévu. Elle octroierait à la gauche, qui en détient déjà 20, le contrôle des 22 régions métropolitaines, mais ferait surtout perdre à l’UMP, la formation présidentielle, son statut de premier parti de France.

«Ces derniers jours, on a assisté à un matraquage hallucinant pour dire «c’est plié», dénonce Franck Louvrier, conseiller à la communication de l’Elysée. Mais les Français n’aiment pas qu’on vote à leur place. On pourrait avoir des surprises.»

Dans une interview publiée vendredi par le Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy a appelé ses électeurs à voter, tout en minimisant les conséquences d’un revers: quelle que soit son ampleur, il n’y aura ni inflexion de sa politique, ni remaniement en profondeur, tout au plus «quelques adaptations gouvernementales».

Selon Guy Geoffroy, député de l’UMP, la mobilisation des derniers jours pourrait «apporter trois ou quatre points de plus à la participation» – qui passerait au-dessus de 50% – et «deux ou trois points de plus à la majorité». Pour l’UMP, le scénario catastrophe serait de voir le Parti socialiste virer en tête, ou faire jeu égal avec elle dans la plupart des régions.

Cette hypothèse a gagné en consistance hier, deux sondages TNS-Sofres et CSA donnant le PS en tête avec 29,5% ou 30% des intentions de vote, devant l’UMP à 27,5% ou 29%. S’il se concrétise, ce résultat ébranlerait la logique même qui a inspiré la création du parti présidentiel: rassembler l’ensemble de la droite dès le premier tour, afin de creuser l’écart avec la gauche et bénéficier d’une dynamique irrattrapable au second, notamment lors de l’élection présidentielle.

Mais dans la campagne des régionales, la majorité «n’a jamais trouvé le bon slogan», concède un analyste proche du pouvoir. Ses candidats sont partis au combat avec des mots d’ordre très généraux, comme «la France change, nos régions doivent changer aussi». De par leurs compétences, ces territoires sont liés à des thématiques «douces» – écologie, école, transports… – où la droite est moins à l’aise.

Ce scrutin volatil peut-il basculer à la faveur d’un incident de dernière minute? L’impact du dérapage d’un ancien ministre de droite, Gérard Longuet, qui aimerait que le futur président de l’autorité de lutte contre les discriminations soit issu du «corps français traditionnel» – blanc et chrétien –, reste difficile à mesurer. En revanche, la programmation de l’émission Ushuaïa de Nicolas Hulot, samedi soir sur TF1, pourrait favoriser les Verts, crédités d’environ 14% des voix au niveau national.

Eric Bonnet, de l’institut de sondages BVA, pense que rien ne peut plus modifier plus le rapport de forces global: la gauche devrait engranger environ 55% des voix, contre 38% à la droite, Front national compris. Les autres grands perdants seront sans doute François Bayrou et Olivier Besancenot, dont les partis respectifs sont crédités de 4,5% et 2% des intentions de vote.

Pour Nicolas Sarkozy et les siens, le bout du tunnel est encore loin. «Personne n’est en mesure de dire quand on va sortir de la crise, et quelle sera la nouvelle donne après cela», remarque le député Guy Geoffroy. La disette électorale de la droite risque de durer aussi longtemps que cette incertitude.