Une digue a cédé. Alors que le nombre de nouvelles infections quotidiennes est passé en dessous de la barre du millier, deux semaines après la réouverture des petits magasins, de nombreuses régions ont obtenu gain de cause hier pour reprendre la main sur la vitesse de leur déconfinement.

Il y a trois semaines, la chancelière Angela Merkel s’était émue de «l’orgie de débat» à ce sujet et avait craint un rythme trop accéléré des mesures d’assouplissements. Hier, devant la presse, à l’issue d’une nouvelle vidéoconférence avec les représentants des 16 Bundesländer, elle a finalement adoubé la reprise en main par les régions du processus de normalisation de leur vie économique, sociale et politique, après six semaines de restrictions imposées par l’épidémie de Covid-19.

«Nous avons atteint notre objectif visant à diminuer le nombre des infections» s’est-elle félicitée. «Les chiffres actuels sont très rassurants […] La première phase de l’épidémie est derrière nous», a résumé Angela Merkel. «La bonne situation nous permet de prendre de nouvelles décisions» justifie-t-elle.

Plus de concertation avec l’Etat fédéral

Dans ce contexte, les 16 régions allemandes peuvent désormais prendre les mesures d’ouverture qui leur semblent appropriées, au rythme qui leur convient, en fonction de leur situation sanitaire. C’est le cas notamment en ce qui concerne la réouverture des restaurants, cafés et hôtels, désormais possible mais dont les modalités et le calendrier seront définis localement. Ce sera le 15 mai pour les bars dans le Brandebourg et à partir du 18 mai en Bavière.

A l’approche des week-ends de l’Ascension et de la Pentecôte, les régions touristiques, notamment du nord du pays, avaient annoncé prendre les devants, mettant la pression sur l’ensemble des responsables régionaux. Même chose pour les écoles maternelles, associations culturelles et sportives de plein air, qui pourraient reprendre leurs activités si les régions le décident, au cas par cas. Plus besoin de concertation entre elles, ni avec l’Etat fédéral.

Visites autorisées dans les homes pour personnes âgées

Certains grands principes restent toutefois communs, tels que le maintien jusqu’au 5 juin au moins des règles de distanciation sociale, des gestes barrières et du port du masque dans les transports en commun et les magasins. Les grandes manifestations restent également interdites jusqu’au 31 août sur l’ensemble du territoire. Autre mesure approuvée par tous, ce mercredi, tous les magasins, quelle que soit leur taille, peuvent reprendre leurs activités.

Il est aussi désormais possible pour les citoyens de rencontrer les membres d’un autre foyer, alors que les contacts étaient jusqu’à présent limités à une seule personne extérieure. Les résidents des centres pour personnes âgées ou personnes handicapées peuvent également de nouveau recevoir de la visite.  Quant au championnat de football professionnel, il pourra reprendre dès la deuxième partie du mois de mai, après une période de quarantaine imposée aux joueurs et des tests réguliers réalisés par la suite. Les matchs se tiendront à huis clos.

Possibilité de faire marche arrière

En contrepartie d’une hausse de la marge d’action, les Bundesländer se voient imposer un mécanisme de freinage d’urgence en cas de hausse soudaine du nombre des infections, supérieur à 50 pour 100 000 habitants sur une semaine. Les autorités locales et régionales pourront alors faire marche arrière et imposer de nouvelles mesures de restrictions. «Ce principe me tenait à cœur», a rappelé Angela Merkel, partisane depuis des semaines du principe de prudence, afin d’éviter une nouvelle vague d’infections.

Pour le ministre-président de Hambourg, Peter Tschentscher, cela signifie une plus grande responsabilité de la part des régions, qui devront absolument éviter tout retour de bâton. Pour Angela Merkel, ces assouplissements en cascade à venir sont aussi et surtout un test pour les Allemands. «Nous prenons un chemin courageux qui dépendra de l’esprit de responsabilité des citoyens» a-t-elle rappelé, en les incitant à la vigilance.