Aucune région française ne sera dirigée par le Front national. Bien que porté par une dynamique électorale sans précédent, et crédité dimanche à 21h30 de 28,8% des voix au niveau national à l’issue du second tour, le parti de Marine Le Pen échoue aux portes des treize grandes collectivités territoriales redécoupées en décembre 2014. La présidente du FN elle-même est très largement battue dans sa région du Nord-Pas-de-Calais-Picardie, avec moins de 43% des voix face aux 57,5% de son adversaire Les Républicains (LR), Xavier Bertrand. Idem pour sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, dominée par le maire LR de Nice Christian Estrosi, par 54,8% contre 45%. Fait important toutefois: les deux têtes de liste FN améliorent encore dans ces deux régions leur score déjà historique du premier tour. Tel n’est pas le cas en revanche du vice-président Frontiste Florian Philippot en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes, où son score plafonne à environ 36% contre 48% pour son adversaire LR Philippe Richert et 16% pour le socialiste dissident Jean-Pierre Masseret.

Une dynamique persistante

Sur le plan national, la dynamique FN n’est pas stoppée. Si le total des voix de droite atteignait, à l’heure d’écrire ces lignes, 40,6% des voix contre 30,6% à la gauche, le parti créé par Jean Marie Le Pen améliore de nouveau son score et atteint son niveau record, à près de 29% des voix. Il est donc conforté comme premier parti politique français, un mois jour pour jour après les attentats terroristes du 13 novembre, et un an et demi avant les élections présidentielles de 2017. La réalité, en revanche, est que le barrage anti-FN a très bien fonctionné, surtout à gauche. En fin de semaine dernière, le premier ministre Manuel Valls, après avoir ordonné à la suite du premier tour le désistement des candidats PS dans les trois régions les plus menacées par le FN, avait dit redouter une «guerre civile» dans les régions susceptibles de tomber dans le giron de l’extrême droite. Cette rhétorique de combat a fonctionné. La forte mobilisation des électeurs, supérieure de prés de 10% par rapport au premier tour, et le bon report des voix de gauche sur les candidats de droite là où le PS s’était désisté, ont formé le ciment de la riposte. Pas question donc de baisser la garde: «Nous n’avons pas oublié les résultats du 6 décembre. Le danger du FN n’est pas écarté» a très vite prévenu Manuel Valls hier soir.

Ebranlé, ou renforcé, le système politique français? La carte de France de ce dimanche ressemble en surface à une sorte de match nul droite-gauche face au FN. Sept régions (Alsace, Nord-Pas-de-Calais, PACA, Pays de Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Normandie et Ile de France) remportées par Les Républicains de Nicolas Sarkozy. Cinq régions remportées par le PS et ses alliés (Bretagne, Aquitaine, Centre, Languedoc, Bourgogne-Franche-Comté). Et une nouveauté: la conquête politique de la Corse par les nationalistes. En réalité, ce scrutin régional à haute intensité nationale est déjà riche de leçons pour la présidentielle de 2017.

La gauche savait qu’elle serait laminée par rapport aux régionales de 2010, qui l’avaient vu remporter 21 régions sur les 22 existantes à l’époque. En conservant six régions sur treize, le PS et ses alliés prouvent toutefois que leurs troupes électorales ne les ont pas complètement abandonnés, malgré l’impopularité chronique du président François Hollande, et le porte-à-faux sécuritaire engendré par l’état d’urgence en vigueur jusqu’au 26 février prochain. L’ancien Chef de l’Etat Nicolas Sarkozy se retrouve en revanche dans une posture beaucoup plus délicate, avec deux seuls vrais succès à faire valoir: celui de Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes, et celui, obtenu à l’arraché, de Valérie Pécresse dans la très symbolique Ile-de-France (la région parisienne). Les trois régions menacées par le FN (Nord, PACA et Alsace) ne sont en effet remportées par les candidats LR que grâce au désistement du PS qui, dans les deux premiers cas, ne comptera plus un seul élu régional pendant six ans. Difficile, dès lors, pour l’ex-président de continuer à se présenter comme la «seule alternative crédible» comme il l’a fait durant l’entre-deux-tours. Difficile, surtout, d’éviter l’affrontement programmé au sein de son parti avec ses rivaux pour les futures primaires. A commencer par Alain Juppé, dont la candidate Virginie Calmels a été battue en Aquitaine par le socialiste sortant, Alain Rousset.

La grande question posée par ce second tour des régionales a en fait été résumée par la première intervention de la soirée: celle de Xavier Bertrand, vainqueur de Marine Le Pen. «C’est notre dernière chance» a tonné, très ému, l’ancien ministre conservateur, après avoir remercié les électeurs de gauche et appelé à «un changement profond dans les pratiques politiques». Au sortir des urnes, une évidence s’impose: la France a résisté au FN. Mais les brèches ouvertes par celui-ci au premier tour seront dures à colmater.