Dites «paradis fiscaux» et Arnaud Montebourg jaillit de sa boîte. Le député français prône de nouvelles sanctions contre la Suisse, dans le sillage des critiques exprimées mardi par la France et l'Allemagne au sujet du secret bancaire.

Le Temps: Vous appelez à un «blocus» de la Suisse. Est-ce réaliste?

Arnaud Montebourg: C'est réaliste. Ce que j'appelle blocus, c'est la question des sanctions, si la Suisse et le Luxembourg ne font aucune concession sur le secret bancaire et la fiscalité sur les capitaux. La question de l'accès libre à nos marchés doit être posée. On ne peut pas supporter la concurrence fiscale déloyale, notamment la migration des sièges sociaux qui entraîne des milliards et des milliards d'euros de perte pour les pays de l'Union européenne (UE). Je suggère un rehaussement des droits de douane, de plusieurs centaines de pour-cent, sur les produits suisses, si Berne refuse de modifier son comportement. L'Organisation mondiale du commerce laisse l'UE libre de se protéger, dès lors qu'elle est victime d'une concurrence déloyale.

- On a l'impression que le gouvernement français parle fort, mais agit peu. Par exemple, il n'a pas publié la liste de ses ressortissants pris la main dans le sac au Liechtenstein.

- Nous avons demandé la publication de cette liste et le président socialiste de la Commission des finances en a eu connaissance. Mais ces contribuables sont des citoyens comme les autres et ils ont droit à la tranquillité publique, puisqu'ils n'auront plus droit à la tranquillité fiscale.

- Mais la France n'a pas engagé de poursuites pénales pour fraude fiscale dans cette affaire.

- Je regrette ce manque d'énergie, surtout lorsqu'on la compare à la réaction du gouvernement allemand. Il faut augmenter la pression judiciaire et policière sur les entreprises qui délocalisent leurs intérêts en Suisse, car c'est là le véritable trésor des paradis fiscaux. Nous, les socialistes, avons demandé la dénonciation du traité fiscal qui unit la France à Monaco. Et les banques françaises, qui viennent d'être recapitalisées par l'Etat à hauteur de 10,5 milliards d'euros, doivent fermer leurs filiales dans les paradis fiscaux qui sont sur la liste noire de l'OCDE (ndlr: Andorre, Liechtenstein et Monaco). Nous demandons aussi la fin de la retenue à la source qui protège le secret bancaire. Nous ne pouvons accepter que des Etats à secret bancaire puissent acheter, contre une pauvre aumône, l'anonymat vis-à-vis des pays européens.

- Il y a une ambiguïté dans l'attitude de Nicolas Sarkozy: il dit vouloir s'attaquer aux paradis fiscaux, mais en même temps, il se décrit comme un ami de la Suisse et de certains Français qui y résident, comme Johnny Hallyday.

- Le fait que le président de la République reprenne une partie de nos combats est une victoire politique. Mais il est vrai que la pression mise par la France sur les paradis fiscaux s'est un peu assoupie depuis 2002, du fait de l'aveuglement idéologique de la droite. Nous souhaitons que les discours de Nicolas Sarkozy se traduisent rapidement en actes.