Ces derniers jours, Londres s’est transformée en véritable théâtre du pouvoir. Sur scène, deux protagonistes: Elisabeth II, l’indétrônable, et BoJo, un premier ministre plus près de la sortie que jamais. Impeccable mise en plis versus mèche blonde folle, couronnement fastueux versus tortueuse élection, tout les oppose.

Tout et, surtout, une valeur cruciale: l’exemplarité. Cette exigence intérieure, la nonagénaire Elisabeth II en a fait un principe cardinal. L’image parfaite – figée, diront certains – qu’elle souhaite donner aux Britanniques de la monarchie la pousse à placer systématiquement cette institution avant sa propre famille. On se rappelle qu’en 1953 elle aurait interdit à sa propre sœur d’épouser l’homme qu’elle aimait, Peter Townsend. En 1981, elle aurait forcé son fils Charles à épouser une femme qu’il n’aimait pas – une certaine Diana. Quand le prince Harry a choisi de vivre en Californie, elle lui a assuré qu’il restait «un membre aimé de la famille», mais lui a interdit d’utiliser le titre HRH, retiré ses titres militaires et coupé les vivres. Et jeudi soir, voici le prince Andrew, trop proche de l’affaire Epstein, relégué au rang de simple citoyen par la reine dont il était, semble-t-il, le favori après avoir été jadis numéro 2 dans l’ordre de succession.

Sur ce sujetElisabeth II, sans pitié pour sa famille

Une rigueur aux antipodes des frasques de l’imprévisible Boris Johnson. Le premier ministre a désormais à son actif une bonne demi-douzaine de fêtes et de pots de départ interdits. Alors qu’il venait, mercredi, de faire son mea culpa devant les députés, reconnaissant sa présence à une fête à Downing Street en plein confinement, catastrophe! The Telegraph – ce journal qui l’employait lorsqu’il était correspondant à Bruxelles – révèle que son personnel avait organisé un pot de départ… à la veille des funérailles du prince Philip. Rappelez-vous ces clichés de la reine en deuil, seule sur son banc à l’église par respect pour les consignes sanitaires. Honnêtement, personne au monde ne voudrait être à la place de Boris mardi lorsqu’il devra aller prendre son thé hebdomadaire avec Elisabeth – si tant est qu’elle ouvre sa porte au premier ministre.

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La cote de la reine d’Angleterre ne cesse de grimper. Aujourd’hui, 76% des Britanniques lui sont favorables, et ils sont 80% à tenir la famille royale en haute estime. A l’inverse, BoJo n’a jamais été si proche de la sortie. Il y a bien entendu plusieurs raisons à cela, mais la rigueur personnelle de la souveraine britannique joue un rôle majeur dans l’estime que lui portent ses sujets. La pandémie de Covid-19 a rendu plus insupportables encore les écarts, les privilèges et les inégalités. Voilà ce qui, plus fondamentalement encore qu’un malheureux pot de départ, risque de coûter sa place à un Boris Johnson qui, comme tant d’autres, a longtemps cru que les règles ne s’appliquaient pas à lui.