France – La route des Législatives (1/2)

«Rejoindre Macron maintenant, c’est faire de la politique en aveugle»

A Orléans, l’ex-maire et député sortant de droite Serge Grouard se dit prêt à travailler avec le nouveau président Français. Mais après les législatives, et sur la base d’un programme négocié

Le marché du quartier Munster est accolé à de hauts murs. Derrière la gare d’Orléans, l’esplanade qui sépare les barres d’immeubles de la rue Emile Zola de l’ancienne prison municipale n’est plus occupée, chaque mercredi, que par quelques commerçants. Eric Desbrosses, le boucher chevalin, referme son camion-frigo. Le commerce ambulant bat de l’aile. Le déclin de ce marché est un de ces enjeux politiques locaux qui, dans cette seconde circonscription législative du Loiret, feront la différence.

La connaissance du terrain est indispensable pour être un bon élu national

Orléans, de ce côté-ci, n’est pas la cité historique où Emmanuel Macron participa, le 8 mai 2016, aux fêtes annuelles de Jeanne d’Arc, qui délogea les Anglais en 1429. Immeubles sociaux. Mémoires de trafics et de parkings remplis de détritus. Souvenirs de familles de détenus affairés à crier des messages à leurs proches internés. «Quand j’ai repris la ville en 2001, elle sombrait. L’insécurité gagnait du terrain. Les commerçants désertaient le centre», explique l’ancien maire (2001-2015) et député Serge Grouard.

On l’écoute. A 58 ans, ce fillonniste, candidat à sa réélection les 11 et 18 juin, défend son bilan: «La connaissance du terrain est indispensable pour être un bon élu national. Dans cette circonscription, le candidat investi par «En Marche!» s’est avéré inéligible et a dû être remplacé in extremis. Ce renouvellement-là flirte avec l’amateurisme.»

Un département qui permet de mieux comprendre la France

Le département du Loiret, et ses 650 000 habitants, est un bon test pour comprendre ce qui se passe en France après l’élection présidentielle. A une heure de train de Paris, cette partie de la région Centre-Val de Loire a mis de peu Marine Le Pen en tête le 23 avril (23,53%) face à Emmanuel Macron (23,48%) et François Fillon (21,28%). Le nouveau président français l’a ensuite emporté haut la main avec 63,48% des voix, mais depuis, son mouvement est un peu à la peine.

Son jeune «référent» Emmanuel Constantin, investi face à Serge Grouard, a dû se retirer car son statut de fonctionnaire l’empêchait de se présenter. Sa suppléante, Caroline Janvier, 34 ans, a pris le relais. Ni l’un ni l’autre n’ont l’expérience, à Orléans, de la gestion municipale et des dossiers clefs, comme celui de la liaison ferroviaire avec Paris, ou de la collaboration avec Tours, la ville voisine et rivale.

Sentiments contradictoires

«On est partagé entre deux sentiments contradictoires, avance le boucher Eric Desbrosses: donner une majorité au président, ou plaider au mieux la cause de la région à Paris.» Un argument saisi au vol par le sympathique ancien maire, que l’entrée au gouvernement de son ami Bruno Le Maire, ancien ministre de Fillon-Sarkozy, a déconcerté: «Rejoindre Macron maintenant, c’est faire de la politique en aveugle. Où est le donnant-donnant? Quelle garantie avons-nous qu’il prendra en compte nos arguments de droite sur l’économie, la sécurité, les territoires?»

Sauf que sur ce terroir orléanais, «La République en Marche» a un autre argument, beaucoup plus solide. Stéphanie Rist, rhumatologue réputée, ex-directrice d’hôpital, est en lice pour la première circonscription. «Notre différence, c’est la méthode nuance-t-elle. Je passe mon temps à demander leur avis aux gens.» Au sortant, la compétence. Aux «marcheurs», l’initiative…

La cohérence comme atout

Serge Grouard s’attarde avec nous. Il nous promène dans le square Peltier, joliment replanté après l’éviction de bandes de «sauvageons» (Orléans accuse l’une des baisses les plus fortes de la délinquance en France), nous affirme avoir copié sa gestion «sur celle des villes suisses» en jouant propreté et sécurité. Part-il battu? «Absolument pas. La question est de sortir la droite du piège Fillon. Ma filiation, c’est de Gaulle. On ne peut pas résumer la politique à la gestuelle des poignées de main, comme Macron avec Trump. Il faut une vision», ironise ce vétéran, trois fois réélu à l’Assemblée.

Son atout? «La cohérence. Je n’ai pas trahi. Je ne me rallie pas pour des raisons personnelles. Je ne conteste pas la nécessité d’un renouvellement. Je dis juste aux électeurs: oubliez un peu les médias. Qui a travaillé pour vous? Qui peut continuer à le faire, y compris avec Emmanuel Macron?»

«Le pire serait que la droite devienne honteuse»

En France, la droite orléaniste désigne le courant conservateur libéral, capable de rassembler, pas porté sur le culte du chef comme les bonapartistes. Peut-elle résister, entre le Front national et les «marcheurs» investis par l’Elysée? «Le pire serait que la droite devienne honteuse, effrayée par le jeunisme ambiant conclut Serge Grouard. Les électeurs comprennent l’efficacité. Une droite ouverte mais efficace, c’est notre meilleure carte.»


Demain: A Tours, le pari franco-allemand d’En Marche!

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