Proche-Orient

Relance du dialogue pour la paix au Proche-Orient

Plusieurs chefs de la diplomatie se réunissent ce vendredi à Paris dans le but de préparer une conférence internationale cet automne. Palestiniens et Israéliens n’ont pas été invités

Sauf imprévu, vingt-huit pays participeront ce vendredi, à Paris, à la réunion des ministres des Affaires étrangères dans la perspective de préparer la conférence internationale pour la paix au Proche-Orient prévu cet automne. Le secrétaire d’Etat John Kerry a d’ores et déjà annoncé sa venue. Il siégera aux côtés des représentants de l’Union européenne, de la Russie et de la Ligue arabe. A ce stade, l’Autorité palestinienne (AP) et Israël n’ont pas été invités. Mais ils le seront à la conférence proprement dite. Cependant, si l’AP soutient l’initiative française, l’Etat hébreu y est totalement opposé.

Recevant le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault puis le premier ministre Manuel Valls à Jérusalem dans le courant du mois de mai, Benyamin Netanyahou a en effet répété que les conférences internationales «ne mènent nulle part». Que le chef du gouvernement israélien «préfère donc les négociations bilatérales directes autour d’une même table». Une position qu’il a d’ailleurs maintenue mercredi soir à l’occasion d’un discours à l’université Bar Ilan (Tel-Aviv) et qui confirme que même si la conférence de paix a bien le lieu comme le promet le Quai d’Orsay, Israël n’y prendra pas part. Cela, au risque de se voir, plus tard, imposer les décisions décidées à la conférence par la voie de résolutions de l’ONU.

Pourtant, la situation n’est pas aussi bloquée qu’on l’imagine. Car indépendamment des préparatifs français, un intense – mais très discret – ballet diplomatique se déroule depuis plusieurs mois entre l’Etat hébreu, l’AP, la Jordanie et l’Egypte afin de mettre sur pied une conférence de paix régionale. Celle-ci réunirait les Palestiniens, les Israéliens, ainsi que les pays sunnites de la région, notamment l’Arabie saoudite et les monarchies du Golfe avec lesquelles Israël a multiplié des contacts non officiels depuis la montée en puissance de l’Iran chiite.

L’Egypte joue un rôle central dans la préparation de cette conférence régionale. Selon des sources dignes de foi, de discrets émissaires israéliens se rendus à plusieurs reprises au Caire depuis quelques mois. Quant au président palestinien Mahmoud Abbas, il y est allé à deux reprises dans le courant du mois de mai. Interviewé jeudi par Kol Israël, la radio publique, le colonel Jibril Rajoub (un haut dirigeant du Fatah) a en tout cas confirmé que s’il continue de soutenir le projet français de conférence de Paris, Mahmoud Abbas accepte également de participer à une conférence régionale au Caire si celle-ci devait avoir lieu.

Autre signe intéressant: dans ses discours, Benyamin Netanyahou fait désormais référence à l’initiative de paix arabe, un plan présenté par le roi Abdallah d’Arabie saoudite en 2002, endossé ensuite par la Ligue arabe, et que le premier ministre israélien de l’époque Ariel Sharon, ainsi que ses successeurs, ont d’abord ignoré avant de la rejeter officiellement à partir de 2007.

En substance, l’initiative saoudienne prévoit une normalisation complète de relations des pays arabes avec l’Etat hébreu en échange du retrait des territoires occupés depuis juin 1967, de la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville) comme capitale, ainsi qu’un règlement «équitable et agréé» de la question des réfugiés palestiniens.

Certes, le plan arabe doit être actualisé puisqu’il date de quatorze ans et que la situation du Proche-Orient s’est transformée en raison du printemps arabe et des guerres civiles qui ont éclaté. Divisée en deux parties antagonistes (la Cisjordanie dirigée par le Fatah et la bande de Gaza par la Hamas), l’AP de 2016 n’a donc plus grand-chose à voir avec celle de 2002.

Cependant, Benyamin Netanyahou et son entourage laissent entendre qu’un plan réactualisé pourrait servir de base aux discussions. Encore faut-il que les partis d’extrême droite composant sa majorité en acceptent l’idée. Or, peu avant son entrée en fonction mardi, le nouveau ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman (leader du parti ultranationaliste Israël notre maison), a estimé que «certains aspects du plan saoudien sont intéressants» et que l’«unité du peuple vaut mieux que l’unité territoriale». Ce qui est nouveau dans sa bouche.

Bien sûr, Avigdor Lieberman, qui réside en Cisjordanie occupée, continue de s’opposer à l’évacuation des colonies dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens. Mais il est prêt à envisager une solution alternative consistant à maintenir les implantations là où elles se trouvent contre le passage d’une partie des villes et villages arabes du centre de l’Etat hébreu sous le contrôle de l’AP.

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