France

Relations tendues entre Nicolas Sarkozy et les médias

Au fil de la campagne, le président-candidat s’en prend de plus en plus aux journalistes, qui le lui rendent bien

Ces derniers jours, Nicolas Sarkozy a entonné un nouveau couplet dans ses discours. Les formules varient, le message est le même, agressif et sarcastique contre «la cohorte des aimables observateurs», c’est-à-dire les médias: «Ils croyaient tellement en moi, cela en était touchant le soir du premier tour, de voir le rayonnement d’un certain nombre de nos bons amis. Visiblement, la réponse des Français n’était pas ce qu’ils attendaient», a-t-il ironisé à Cernay mercredi. Le public rit des bons mots du candidat, arrivé second le 22 avril. Dans la salle, la défiance envers la presse est aussi forte qu’au micro.

«Eloignés de la réalité»

Au fil de la campagne, Nicolas Sarkozy s’en prend de plus en plus aux journalistes, mais les attaques vont aussi dans l’autre sens. Certains journaux, comme Libération, Marianne ou Mediapart sur Internet, sont très critiques envers le chef de l’Etat ou sa politique, et ce depuis longtemps. Analysant les méthodes du président-candidat pour ramener vers lui les 6,4 millions d’électeurs frontistes, Libération a fait cette une mercredi: un portrait du candidat en noir et blanc accompagné d’une citation, «Le Pen est compatible avec la République». L’après-midi, Le Monde titrait son éditorial sur le même sujet: «La fin ne justifie pas tous les moyens». Quant à L’Humanité, il mettait en première page une photo de Nicolas Sarkozy à côté de celle du maréchal Pétain pour dénoncer le discours «pétainiste» du chef de l’Etat sur le 1er mai et le «vrai travail».

Nicolas Sarkozy et ses proches n’ont pas du tout apprécié. En Seine-Saint-Denis, le président-candidat a répondu à la «leçon» donnée par Libération: «Elle ne m’atteint pas beaucoup parce que ceux qui écrivent, en général, ne sortent pas de leur bureau et que dans le bureau, ils doivent avoir un énorme miroir où ils passent tant de temps à se regarder qu’ils sont éloignés de la réalité.»

«Nicolas Sarkozy fait semblant de découvrir que la France a une tradition de presse d’opinion, qui peut devenir très présente dans le débat d’idées, commente le spécialiste des médias Jean-Marie Charon, chercheur au CNRS. Mais c’est évidemment désagréable de se faire rappeler qu’on va puiser dans les idées de l’extrême droite.» «Le quotidien L’Humanité est dans son rôle, c’est un organe partisan, ajoute Pascale Mansier, chercheur au laboratoire Communication et politique du CNRS. S’agissant des autres journaux, Nicolas Sarkozy n’est pas attaqué plus que d’autres – regardez les articles sur la campagne ratée d’Eva Joly – et il oublie de dire qu’il a aussi des soutiens, comme celui du Figaro.» Surtout, poursuit Pascale Mansier, «la grande majorité des Français regarde la télévision pour s’informer et il n’y a pas d’émission qui maltraite Nicolas Sarkozy. Il a le regard biaisé du challenger.»

Comme lui, d’autres se sont sentis maltraités, François Bayrou, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, qui entretient des relations exécrables avec les journalistes. «Les politiques ont souvent le sentiment qu’ils se heurtent à un mur et ils basculent alors dans la victimisation», précise Jean-Marie Charon. Le sociologue rappelle qu’en 2007 «Nicolas Sarkozy avait adopté un mode de communication politique plutôt issu des pays anglo-saxons, dans lequel la tension et les rapports de force sont plus forts entre la parole du politique et les médias. L’enjeu était d’imposer un agenda et des thèmes aux journalistes et cela a fonctionné. Aujourd’hui, alors qu’il est en situation de handicap par rapport à François Hollande, il n’arrive plus à atteindre cet objectif.»

L’aveu

Autre élément nouveau, la pratique journalistique de la vérification des faits et des chiffres (fact checking) qui confronte les dirigeants politiques à la véracité de leurs propos. «La communication politique bute sur l’efficacité des faits ou des images historiques», remarque Jean-Marie Charon. Exemple sur le plateau de l’émission Des paroles et des actes, jeudi soir. Nicolas Sarkozy, qui a assuré qu’il n’avait pas utilisé le terme de «vrai travail», est confronté à des images récentes qui prouvent le contraire. Le candidat finit par avouer que «ce n’était pas une expression heureuse», non sans avoir préalablement donné quelques coups de griffe à David Pujadas.

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