Seuls deux des huit prévenus avaient fait le déplacement au Palais de justice de Paris ce jeudi, pour la lecture du jugement du procès dit de Tarnac. Il s’agissait de savoir si ce groupe présumé d’activistes gauchistes, reliés entre eux par leur fréquentation du village corrézien de Tarnac, était bien responsable du sabotage de plusieurs lignes de TGV dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 en Seine-et-Marne.

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L’affaire, emblématique du quinquennat sécuritaire de Nicolas Sarkozy, avait déjà subi en janvier 2017 un très lourd désaveu policier, avec l’abandon des charges «terroristes» pesant sur les mis en examen, et notamment sur les deux principaux accusés: les Français Julien Coupat et Yldune Levy. Restait à savoir si ces derniers, passés pendant plusieurs mois par la prison préventive dans la foulée de leur interpellation en 2008, étaient coupables «d’association de malfaiteurs» et de «dégradation de biens publics» – à savoir les trains de la SNCF – via la pose de fers à béton sur les cathéters d’alimentation électrique des TGV. La Société nationale des chemins de fer français s’était portée partie civile.

Diabolisation ridicule

La réponse de la justice française est cinglante, alors que des heurts graves opposent ces jours-ci en Loire-Atlantique les forces de l’ordre aux manifestants (dont certains idéologiquement proches des accusés de Tarnac) sur le site de l’aéroport abandonné de Notre-Dame-des-Landes. La relaxe est en effet quasi généralisée. La défense, malgré les zones d’ombre toujours pointées par les juges, a gagné sur toute la ligne. Ni Julien Coupat, ni Yldune Levy n’ont été déclarés coupables «d’association de malfaiteurs» et de «dégradation de biens publics». Ils ont seulement été déclarés coupables pour avoir refusé des prélèvements ADN, mais le tribunal les a exemptés de peines. Presque tous les autres prévenus ont bénéficié d’une relaxe similaire.

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Le feuilleton de Tarnac, qui avait vu la ministre de l’Intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, présenter ce groupe comme «particulièrement dangereux», s’achève donc par une déroute des enquêteurs, et couvre a posteriori de ridicule les politiciens qui s’étaient trop vite engagés dans la diabolisation du groupe de Tarnac. L’un des procès-verbaux pilonné durant les débats par la défense – le fameux D 104 – a été disséqué par le tribunal, qui en a noté tous les manquements, relevant les erreurs dans les témoignages de policiers, dont certains réalisés a posteriori. La présidente du tribunal, saluée pour son habileté lors des débats du 13 au 30 mars dernier, a asséné un coup, plus fatal encore, à dix ans de procédure en déclarant: «L’audience a permis de comprendre que le groupe de Tarnac était une fiction.» Oublié, dès lors, le spectre d’un commando d’ultra-gauche violent résolu à faire vaciller l’Etat français.

Peine pour le prévenu suisse

Un prévenu sort en revanche condamné de ce procès. Ce dernier n’était pas mis en examen pour dégradation et pour association de malfaiteurs. Il l’était pour avoir, en 2008, recelé des documents d’identité volés et avoir tenté de les falsifier. L’homme, tour à tour domicilié à Genève, en France puis à Bâle, constituait en quelque sorte l’un des maillons logistiques du réseau Tarnac, même si la réalité du «groupe» a été rejetée par les magistrats.

Le tribunal a, en ce qui le concerne, lu un jugement sévère. Le prévenu suisse est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés. Il ne pouvait pas, selon les juges, ignorer le caractère volé des documents d’identité retrouvés chez lui. Ses stockages informatiques ont confirmé sa compétence en matière de falsification. La peine est lourde, au regard de la relaxe généralisée, pour ce prévenu helvétique: 4 mois de prison avec sursis, plus 500 euros d’amende. Absent au moment de l’énoncé du jugement, il lui reste bien sûr la possibilité de faire appel.

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