Revue de presse

Relents de Guerre froide à Moscou

La Russie affirme avoir arrêté mardi un agent de la CIA. Selon elle, l’homme tentait de recruter un membre du FSB. Il a été remis à l’ambassade américaine et déclaré persona non grata. Le Kremlin, soupçonné de «parader» dans cette affaire, dénonce une «provocation»

La Russie a annoncé mardi avoir arrêté en flagrant délit un diplomate américain agent de la CIA qui tentait de recruter à Moscou un membre des services russes, dénonçant là une «provocation» digne de la Guerre froide. Vraiment «inusuel» de nos jours, commente avec distance le Financial Times. Qui évoque aussi une vidéo tournée par les services secrets (FSB) et publiée sur YouTube, laquelle montre une partie de l’interrogatoire (en russe) auquel a été soumis l’homme incriminé, Ryan Fogle, et sa livraison aux diplomates américains. Un document qui ressemble à «une parade» propagandiste, juge le Daily Telegraph.

«Faisant fi de leur traditionnelle obsession du secret», selon l’expression du Figaro, les services du FSB ont ainsi fait appel à de «grands renforts médiatiques». Mais les experts russes que le quotidien a interrogés «ont émis des doutes sur l’authenticité de la pêche réalisée par le FSB. «Tout ceci fait penser aux mêmes méthodes qu’utilisait le KGB à l’époque soviétique à des fins de propagande. Les moyens de recrutement qui sont décrits ici ne sont pas professionnels», juge Alexandre Kolpakidi, historien des services spéciaux.

Scénario de seventies

D’ailleurs, même la chaîne de télévision Russia Today, habituellement pas particulièrement tendre avec l’Occident, a semblé prendre du recul vis-à-vis de «cette opération de communication» dont «le scénario pourrait avoir été écrit au milieu des années 70», dit France Info. Voyez plutôt: «100 000 dollars pour une petite discussion sur votre expérience, 1 million pour une collaboration à long terme… L’offre est intéressante, estime Libération. Seule condition pour les prétendants: être membre du FSB», selon les détails traduits par le Washington Post.

L’affaire aurait été, lit-on un peu partout, orchestrée par Poutine lui-même après les attentats de Boston pour remettre en cause les offres de coopération sécuritaire bilatérale transmises par le chef du Kremlin à Barack Obama. Conclusion de Radio France internationale: «Ce scandale ne devrait pas améliorer les relations déjà tendues entre Moscou et Washington.» Bloomberg confirme que les Russes reprochent aux Etats-Unis de n’avoir pas su saisir la main tendue par Moscou.

Pour ne rien arranger, «cette affaire éclate une semaine après la visite à Moscou du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, à un moment où Moscou et Washington tentent un rapprochement sur le dossier syrien». Aujourd’hui, Michael McFaul, l’ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, «va devoir faire face à des diplomates russes très remontés» mais, pour l’instant, il ne fait aucun commentaire sur son compte Twitter. Il n’y aurait évidemment pas intérêt.

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