France

Remaniement, rumeurs et défiance envers François Hollande

Qui va rester? Qui va partir? Le feuilleton du remaniement gouvernemental que François Hollande pourrait annoncer ce jeudi et qui a commencé avec l'annonce du départ de Laurent Fabius ce mercredi vire ces jours-ci à la guérilla politique entre socialistes et personnalités «d’ouverture»

Il y a ceux qui jurent être bien informés, au point d’annoncer dès mardi le départ de Laurent Fabius ce mercredi du Ministère des affaires étrangères (qui s'est finalement avéré) ou même – comme le quotidien Le Parisien – le possible limogeage inattendu du premier ministre Manuel Valls. Et il y a ceux, lucides et prudents, qui se lamentent sur les manœuvres byzantines du tacticien François Hollande, persuadés que le président français peut encore, in extremis, tout chambouler. Quitte à retarder à nouveau l’échéance de ce remaniement gouvernemental envisagé depuis les élections régionales de décembre: «Il va cacher ses cartes jusqu’au tout dernier moment, note un fin connaisseur de l’Elysée. C’est devenu sa marque: un culte du secret et des manœuvres byzantines qui donne à tout le monde le tournis. Jusqu’à ce que personne n’y comprenne plus rien.»

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Bienvenue dans les soutes de la fin du quinquennat, à un an et quelques mois du fatidique mois de la présidentielle de mai 2017. Avec, comme clés de lecture de ce nouveau gouvernement attendu a priori pour jeudi, après le vote aujourd’hui à l’Assemblée nationale du texte complet du projet de réforme constitutionnel, trois objectifs pour l’actuel locataire de l’Elysée: la recomposition de sa majorité face aux convulsions de l’aile gauche du PS et la dispersion des écologistes; l’ouverture à des personnalités du centre ou de la société civile susceptibles de rassembler en vue de 2017; et la consolidation des quelques réformes en cours, dans l’espoir de convaincre les milieux économiques, d’obtenir enfin une inversion de la courbe du chômage et de couper court à la droite, qui tiendra ses primaires présidentielles les 20 et 27 novembre prochains.

L’usine à rumeurs s’est en fait emballée avec la démission de la ministre de la Justice, Christiane Taubira, et le refus d’entrer au gouvernement de Nicolas Hulot. Jusque-là, les hypothèses annoncées étaient classiques. On savait que Laurent Fabius, chef de la diplomatie et longtemps adversaire résolu de François Hollande, se verrait bien à la tête du Conseil constitutionnel, dont le poste de président – en remplacement du chiraquien Jean-Louis Debré nommé en mars 2007 – sera bientôt à pourvoir. Le scénario est donc en place depuis ce mercredi matin. On avait aussi compris que la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, ex-compagne du président, et le ministre des Finances, Michel Sapin, l’un de ses plus fidèles compagnons, lorgnaient tous deux sur le Quai d’Orsay. Et l’on avait saisi que François Hollande veut envoyer des signaux à quelques «supplétifs» toujours utiles: le petit Parti radical de gauche fort implanté dans le sud-ouest, les Verts dissidents partisans de revenir au gouvernement, ou les centristes bien disposés à son égard.

Des rumeurs concernant Manuel Valls et Emmanuel Macron

Résultat: une salve d’informations contradictoires dans cette monarchie républicaine française où le souverain décide de tout. Premier exemple: l’hypothèse du départ de Manuel Valls, promu premier ministre en avril 2014 et qui, depuis, a bouté hors de son gouvernement plusieurs vedettes plus à gauche comme l’ancien ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg, l’ex-ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, et l’ex-garde des Sceaux. «Le fait qu’on imagine Hollande capable de se séparer de Valls à Matignon un an et demi après l’avoir nommé, alors que tous les deux ont jusque-là affiché une totale solidarité, c’est la preuve que ce président ne parvient toujours pas à inspirer la confiance. On est au cœur du problème de ce quinquennat», confirme le politologue Roland Cayrol.

Autre exemple: le cas du réformateur Emmanuel Macron, que beaucoup de dirigeants économiques aimeraient voir à la tête d’un grand Ministère des finances, mais dont Manuel Valls, dit-on, bloque l’ascension: «La logique serait de le promouvoir. Il est jeune, brillant, jugé crédible par les marchés, estime un banquier français. Mais il faudrait pour cela bousculer les intérêts politiciens à court terme…» Troisième exemple: le nom du centriste François Bayrou qui resurgit comme potentiel ministre. «Lui qui a été piétiné par Hollande pour qui il avait appelé à voter. Ce quinquennat, c’est Canossa», ironise un proche d’Alain Juppé.

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Une autre rumeur est en plus venue s’ajouter à ce bal de l’intox qui enflamme Paris: la possible dissolution prochaine de l’Assemblée par le président, lassé dit-on de voir les rangs de ses opposants grossir dans les rangs du PS. Un scénario peu probable, mais révélateur selon Roland Cayrol: «Une dissolution n’aurait de sens que si la recomposition politique est possible autour d’une nouvelle majorité. Or qui, aujourd’hui, croit en François Hollande? Tous préfèrent attendre. Les fractures politiques françaises n’ont jamais été aussi profondes.»

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