La crise politique ouverte par la démission surprise lundi du président Carlos Mesa a été réglée dans la nuit de mardi à mercredi quand le Congrès a refusé sa démission. Les partis traditionnels ont apporté leur appui à Carlos Mesa, qui dispose désormais d'une large majorité à la Chambre des députés (97 sur 130).

Mais la paix sociale est loin d'être garantie puisque le Mouvement vers le socialisme (MAS, gauche) du dirigeant indigène Evo Morales et le Mouvement indigène Pachacuti (MIP) du leader radical aymara Felipe Quispe appellent à la mobilisation. Ces deux mouvements ne totalisent que 33 députés sur 130 mais ils ont reçu le soutien de syndicats comme la puissante COB (Centrale ouvrière de Bolivie) de Jaime Solares.

Evo Morales, qui dirige aussi les planteurs de coca, veut former un «front contre l'oligarchie et les transnationales que représente le président». Evo Morales, Felipe Quispe et Jaime Solares, qui sont convenus «d'un plan d'unité nationale», avaient déclenché en octobre 2003 une révolte précipitant la chute du président libéral Gonzalo Sanchez de Lozada.

Le président Mesa a appelé la population à manifester ce jeudi dans les principales villes du pays pour refuser le blocage de routes et les grèves qui paralysent le pays.

L'accord conclu avec les partis traditionnels par Carlos Mesa, un homme seul sans parti politique arrivé au pouvoir il y a dix-sept mois, couvre les principaux problèmes qui secouent le pays: en premier lieu, une loi sur les hydrocarbures, mais aussi l'élection des gouverneurs, le référendum sur l'autonomie de neuf régions et convocation d'une Assemblée constituante à la fin de l'année. Le projet de loi sur les hydrocarbures, principale richesse de la Bolivie, le pays le plus pauvre d'Amérique du sud, est très controversé. Le gouvernement souhaite imposer aux compagnies pétrolières 18% de royalties et 32% d'impôt alors que le MAS exige 50% de royalties. Vingt-six compagnies étrangères, dont Total (France), Petrobras (Brésil), British Gaz (GB), Exxon-Mobil (USA), Repsol (Espagne) et Plus Petrol (Argentine), sont actives dans le pays.