J’ai rencontré Abba il y a plusieurs années, lors d’un séjour à Tombouctou. Il faisait partie de ces jeunes qui s’avançaient vers vous, sitôt votre arrivée en ville, pour vous proposer de visiter les mosquées, les tombeaux, d’apercevoir chez les particuliers les manuscrits anciens qui étaient entreposés dans de petits coffres, à même le sol. Il parlait plusieurs langues, raffolait du reggae et connaissait sur le bout des doigts l’histoire millénaire de son bout de Sahara.

Quelques mois après l’arrivée des factions indépendantistes et des islamistes en ville, il m’a envoyé un message pour me dire qu’il souhaitait écrire. Depuis un téléphone portable, il a commencé à m’envoyer régulièrement des messages. Il n’est pas membre du gouvernement. Il n’est pas engagé dans les mouvements de rébellion. Il n’est pas dans le secret de la récente intervention de l’armée française.

Mais il vit, comme des milliers d’habitants de cette région, au milieu d’un conflit dont personne ne connaît encore l’issue. Et il témoigne pour que leur voix, elle aussi, soit entendue.