France

Rencontre avec des jeunes de la «génération Macron»

Ils ont moins de 40 ans et ont voté pour le leader d’En marche!, avec plus ou moins de conviction. Qu’attendent-ils du président aujourd’hui?

Nouveau président, nouvelle ère, nouveau souffle: avec l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, la France rêve d’ouvrir une nouvelle page de son histoire politique. Mais qui sont-ils, ces électeurs de moins de 40 ans qui forment la «génération Macron», celle qui a voté pour l’ouverture et le changement avec plus ou moins de conviction? Alors que la première étape est franchie, qu’attendent-ils désormais du leader d’En marche!?

En vidéo.Le spectacle d'élection au Louvre, dimanche 7 mai.

Au lendemain de l’élection, ce lundi matin, Paris s’est éveillée au ralenti, jour férié oblige. Sur les terrasses des cafés, dans le métro et les kiosques, les unes des journaux affichent en grand le sourire du jeune premier. «Avec Macron, on va se serrer la ceinture. Avec Marine, on risquait de se serrer dans l’avion», plaisante le chauffeur de taxi, bloqué au feu rouge. D’origine marocaine, l’homme de 35 ans conduit jour et nuit. Dimanche soir, il a assuré son chiffre de la semaine en zigzaguant autour du Louvre. «Une bonne chose.» Sa seule crainte à présent? «Que Macron mène l’ubérisation de la société au pas de charge.»

Consulter notre dossier sur l'élection présidentielle française.

Un statut pour les indépendants

Il nous dépose au pied de la butte Montmartre, écrin bobo qui surplombe la capitale. A deux pas de là, le concept store de Solène et Sophie affiche ouvert. A seulement 27 ans, les deux copines sont à leur compte depuis 2014. Pièces branchées d’un côté, caffè latte et tartines de l’autre: la boutique se veut «dans l’air du temps». Avec deux bulletins Macron consécutifs dans l’urne, Sophie, coupe sophistiquée et fines lunettes, soutient le fondateur d’En marche! depuis le début. «Il est le seul à se préoccuper des besoins des entrepreneurs et des indépendants, explique-t-elle. Grâce à lui, on va enfin acquérir un statut, cotiser au régime social des indépendants et assurer nos retraites.»

A ses côtés, son associée Solène acquiesce. «Tenir une boutique veut dire travailler six jours sur sept, sans compter ses heures. On a déjà beaucoup souffert du contrecoup des attentats sur les ventes, il est temps que nos efforts soient valorisés», lance la jeune femme. L’atout majeur de Macron? «L’Europe. Une force énorme en laquelle il croit, tout comme nous.» Traditionnellement, les deux jeunes patronnes donnent leur voix aux socialistes, mais là… Solène tranche: «Un coup à droite, un coup à gauche… Rien ne bouge, il est temps d’essayer autre chose, qu’on modernise enfin l’économie de ce pays!» Une future Marcheuse? «Non, pas jusque-là, je n’ai pas le temps.»

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L’écologie, la grande absente

Dans les ruelles du Marais à demi endormi, difficile de dénicher un patron pour parler politique. On retrouve Audrey, 37 ans, à l’heure de la mise en place dans le bistrot Le Glou. «Favoriser l’ambition personnelle, oui, mais au détriment de qui?» questionne la jeune femme tout en renversant des tabourets d’un geste mécanique. «La jeunesse est certes un atout, admet-elle, radoucie. Il faut lui laisser sa chance. S’il a été assez futé pour émerger ainsi, il peut sans doute gouverner.»

Formatrice en hôtellerie, Audrey envisage un jour de s’installer à son compte: «S’il devient plus facile d’entreprendre en France, tant mieux. Mais pas au prix d’un libéralisme sauvage.» Autre réserve: l’écologie, «la grande absente de son programme. Pourtant, entre le business et la planète, il ne faut pas hésiter.»

«Juger sur les actes»

«Rendez-vous compte», lance Antoine, un élan d’enthousiasme dans la voix: «Macron a choisi «L’Hymne à la joie» de Beethoven pour son entrée sur la scène du Louvre. Tout un symbole!» Dans une laverie du Marais, ce jeune étudiant de 23 ans nous raconte son rêve pour la France: préserver la coopération au sein de l’Europe. Lui qui a fait partie de la «génération Erasmus» chérit cette chance. Parti étudier l’informatique à Riga, il souhaite à l’avenir monter sa boîte de services de dépannage en ligne.

Dimanche, Antoine a voté pour un candidat «à l’esprit parisien». «Les hubs de start-up, le coworking, l’entrepreneuriat, le numérique, ça nous parle et, qu’on le veuille ou non, c’est l’avenir.» Antoine reste toutefois lucide. «Sur le papier, tout est toujours beau. Il faudra juger sur les actes.»

Un couple, deux avis

L’avenir, c’est ce qui préoccupe un couple attablé à la terrasse d’un café à proximité de la Bastille. Deux avis s’affrontent. Léa, 26 ans, s’est abstenue de voter, «pour ne pas cautionner un semblant de nouveauté». La jeune femme s’explique: «Certes, le clivage gauche-droite a fini par lasser, mais ce n’est pas une raison pour voter sur un produit marketing plutôt que sur des idées. Au fond, Macron est comme les autres énarques, il n’est pas inconnu au bataillon.»

Electeur de François Fillon au premier tour, Aymeric, lui, s’est rabattu sur le leader d’En marche!. A présent, cet employé dans une multinationale de 28 ans mise beaucoup sur la relance économique annoncée. «La France a besoin de prendre un tournant radical, j’espère qu’il saura tenir le choc.»

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