Le financement de la rénovation du Palais des Nations, connue sous le nom de Plan stratégique patrimonial (SHP), devisé par l’ONU à 836,5 millions de francs, pourrait ne pas suffire. Le Bureau des services de contrôle interne de l’ONU (BSCI) a publié, le 23 décembre dernier, un rapport d’audit qui tire la sonnette d’alarme: les coûts effectifs de la rénovation pourraient dépasser de plus de 33 millions de francs le budget approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU en 2015, soit 4% du total. C’est le Geneva Observer qui a sorti l’information en primeur dans son édition de jeudi.

Covid en cause

Comme le souligne l’audit réalisé en automne 2021 et couvrant la période janvier 2019-juin 2021, «si le SHP ne parvient pas à atteindre ses objectifs, cela aurait un sérieux impact sur les opérations de l’Office des Nations unies à Genève (UNOG), sur son utilisation comme lieu primaire de conférences pour les Etats membres et sur la capacité des employés (du Palais des Nations) de travailler de manière efficiente».

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La rénovation du Palais, construit entre 1929 et 1936, était nécessaire. Financée pour moitié par la Confédération, le canton et la ville de Genève, elle est déjà bien avancée. Le personnel de l’UNOG a déjà aménagé dans le nouveau bâtiment H en juin 2021 et les dernières retouches y ont été apportées en octobre.

La cause de ce dépassement probable du budget alloué est en premier lieu le Covid-19, qui a engendré un arrêt du chantier. C’est un cas de «force majeure». Les travaux, qui auraient dû s’achever l’an prochain, ne le seront qu’en 2024. En novembre dernier, ajoute le Geneva Observer, le directeur de projet du Plan stratégique patrimonial, David McCuaig, annonçait pourtant que le SHP était dans les clous. C’était le cas pour le nouveau bâtiment H, mais pas pour le reste du projet, qui comprend la rénovation de l’édifice historique du Palais des Nations (bâtiment A et C) ainsi que la rénovation du bâtiment E où se trouvent nombre de salles de conférences, dont celle du Conseil des droits de l’homme.

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Plan revu à la baisse?

D’une manière générale, l’équipe chargée du SHP a mis en place les instruments de contrôle nécessaires pour limiter les changements au projet et l’impact de ceux qui ont été entrepris sur le Plan stratégique. Un retard dans les choix que la Division de la gestion des conférences de l’UNOG devait opérer en termes d’installations audiovisuelles a provoqué une hausse des coûts et n’a pas été communiqué suffisamment, notamment à l’Assemblée générale de l’ONU. L’auditeur s’interroge aussi sur les changements intervenus au niveau des sociétés mandatées pour les travaux de rénovation. Il déplore un manque de transparence et recommande de conserver les procès-verbaux des rencontres et négociations avec ces sociétés.

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Face aux risques de surcoûts, le BSCI se demande s’il ne sera pas nécessaire de revoir à la baisse certains aspects du Plan stratégique patrimonial. La rénovation du bâtiment E dont la partie supérieure devrait être supprimée pourrait faire l’objet d’une remise en question partielle.

Si les 33 millions de dépassement de budget devaient s’avérer, qui devrait les assumer? Difficile de demander aux Etats membres de passer une nouvelle fois à la caisse. Il n’est pas impossible que la Confédération doive effacer elle-même l’ardoise.