Le gouvernement français est rentré dans le dur ce jeudi, avec une série de grèves et de manifestations partout en France pour des hausses de salaires et contre la réforme des retraites dont les contours commencent enfin à se dessiner. Cruciale pour Emmanuel Macron, son agenda était au centre des débats ces derniers jours.

Par ailleurs, le président français, qui entend préserver sa capacité à réformer le pays, n’exclut pas de dissoudre l’Assemblée nationale en cas de vote d’une motion de censure contre le gouvernement, a prévenu jeudi le ministre français du Travail Olivier Dussopt. «Si toutes les oppositions se coalisaient pour adopter une motion de censure et faire tomber le gouvernement», Emmanuel Macron «s’en remettrait aux Français et les Français trancheraient et diraient quelle est la nouvelle majorité qu’ils veulent. Et évidemment (…) nous serions en campagne pour que le président soit conforté», a affirmé Olivier Dussopt, chargé d’engager de nouvelles concertations sur les retraites à partir de la semaine prochaine. Pour que la motion de censure soit adoptée, il faudrait que la droite traditionnelle des Républicains s’allie avec le Rassemblement National de Marine Le Pen et la Nupes de Jean-Luc Mélenchon.

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Concertation sur les retraites

Concernant les retraites, le gouvernement va ouvrir un nouveau cycle de concertations autour de la réforme des retraites, dans la perspective d’adopter un projet de loi «avant la fin de l’hiver», a annoncé avant cela la Première ministre Elisabeth Borne à l’AFP, après une réunion mercredi soir à l’Elysée avec la majorité. «On fait le choix du dialogue et de la concertation» avec les partenaires sociaux et les partis politiques, a-t-elle poursuivi, ajoutant souhaiter «une entrée en vigueur de la réforme à l’été 2023». Ces dernières semaines, l’option de passer en force dès la rentrée parlementaire qui s’ouvre ce lundi 3 octobre avait fait des vagues. Le débat à l’Assemblée semble donc désormais repoussé à janvier.

Le gouvernement veut reporter progressivement «l’âge de départ de quatre mois par an, aboutissant à 65 ans en 2031», a précisé Elisabeth Borne, contre 62 ans actuellement. Emmanuel Macron, élu en 2017, s’est engagé à réformer les retraites en France après une première tentative avortée au cours de son premier mandat en raison de la crise du Covid. Mais le président a perdu la majorité absolue des députés en juin après sa réélection, ce qui complique sa tâche pour faire adopter des lois au Parlement.

Alors que les déficits s’aggravent et que la dette publique atteint des sommets, en raison notamment de l’inflation et du soutien public en faveur du pouvoir d’achat des Français, le président, âgé de 44 ans, affirme que le relèvement de l’âge de la retraite et le recul du chômage sont les seuls moyens pour l’Etat d’augmenter ses revenus sans augmenter les impôts.

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Mobilisation à gauche

Son gouvernement a approuvé des augmentations de salaire pour les fonctionnaires et les enseignants et mis en place l’un des filets de sécurité anti-inflation les plus généreux en Europe, qui a plafonné les prix de l’énergie pour les ménages et contenu l’inflation.

Mais son insistance à relever l’âge de la retraite se heurte au rejet des syndicats et de l’opposition de gauche et reste largement impopulaire dans le pays.

«Tous les syndicats en France sont contre le fait de travailler jusqu’à 64 ou 65 ans», a redit jeudi Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, le deuxième syndicat français. Quant à participer aux concertations prévues par l’exécutif dès la semaine prochaine, «si c’est pour nous dire qu’on discute de l’allongement de l’âge de la retraite, on n’ira pas longtemps», a-t-il averti.

Des perturbations étaient attendues dans le train, notamment en région parisienne, mais pas dans le métro de Paris. Dans la capitale, le cortège réunissait des représentants syndicaux mais aussi des élus, les partis de gauche membres de la Nupes ayant apporté leur soutien à cette journée de mobilisation. Ces derniers prévoient d’organiser le 16 octobre une «grande marche contre la vie chère et l’inaction climatique», sans le soutien, un temps envisagé, de la CGT.

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