A nouveau, le Proche-Orient résonne du bruit de la guerre. Répondant à une série d'attentats terroristes qui ne semble pas avoir de fin, Ariel Sharon a fini par céder aux cris de ses alliés politiques et d'une majorité de son peuple: il a envoyé tanks et hélicoptères bombarder plusieurs bâtiments dans les villes de Ramallah et de Gaza.

Le siège de la Force 17, la garde rapprochée de Yasser Arafat figurerait parmi les cibles touchées, ainsi que, symboliquement, l'endroit où se pose habituellement l'hélicoptère de Yasser Arafat. Selon le porte-parole de l'armée, le général Ron Kitri, seule une cible a été visée à Ramallah tandis que plusieurs attaques simultanées avaient lieu dans la bande de Gaza. Prévenus par les Israéliens de l'imminence de l'attaque, les Palestiniens avaient évacué le quartier général de l'Autorité palestinienne à Ramallah. Il y aurait cependant au moins deux morts, dont un membre de la Force 17, selon les services spéciaux palestiniens, et une quarantaine de blessés.

Ariel Sharon: «Cette situation va prendre fin»

La tension n'avait cessé de croître ces derniers jours: assassinat d'un bébé à Hébron lundi (lire ci-dessous), deux explosions à Jérusalem le lendemain… Hier, c'était un autre kamikaze palestinien qui se donnait la mort en entraînant celle de deux adolescents israéliens qui attendaient un véhicule pour les amener à leur école religieuse. Deux autres attentats ont été évités de justesse par les forces de l'ordre, sur le qui-vive dans tout le pays. «Tout le monde comprend dans quelle situation nous nous trouvons depuis trente-six heures, disait le premier ministre peu avant les attaques. Cette situation va prendre fin.»

Soumis à une énorme pression de la part de ses amis politiques, le premier ministre a estimé qu'il ne pouvait plus attendre. Il avait tout fait pour retarder l'escalade alors que se tient dans la capitale jordanienne une réunion de la Ligue arabe qui pourrait décider d'adopter une ligne dure contre l'Etat hébreu. Autre facteur qui militait en faveur de l'attente: la Journée de la terre, vendredi, un jour traditionnellement «chaud» au cours duquel les Palestiniens (et les Arabes israéliens) commémorent des morts survenus en 1976.

Porté au pouvoir pour «ramener la paix» avec n'importe quel moyen, Ariel Sharon sait pourtant qu'il risque gros en terme d'image internationale. A l'inverse de son prédécesseur, il colporte en effet une réputation de va-t-en-guerre, gagnée il y a plusieurs décennies. Hier, une nouvelle a pourtant contribué à le rassurer: pour la première fois depuis quatre ans, les Etats-Unis ont fait usage de leur droit de veto pour éviter que des observateurs internationaux ne soient envoyés dans la région.

Mercredi, Ariel Sharon s'est senti en droit de frapper fort. Mais tout indique néanmoins que le premier ministre tentera de s'en tenir à la stratégie que ses proches ont déjà en partie dévoilée et qu'il dit avoir déjà appliquée avec succès dans la bande de Gaza il y a trente ans. Pour lui, il s'agit de reprendre l'initiative en «frappant» systématiquement tous ceux qui sont soupçonnés d'avoir partie liée avec le terrorisme. «Leur vie quotidienne deviendra si angoissante qu'ils n'auront plus une minute pour penser à commettre des attentats», promet-on dans l'entourage du premier ministre.

Ariel Sharon sait qu'il aura d'autant moins de peine à appliquer cette stratégie que plus personne ne se lèvera en Israël pour défendre Yasser Arafat et son Autorité accusée de participer aux actions terroristes. Hier, Yossi Sarid, chef du parti de gauche Meretz et pour ainsi dire seul représentant de l'opposition depuis l'établissement du gouvernement d'union nationale, donnait ce conseil au Palestinien: «Il serait peut-être bon que vous passiez moins de temps à l'étranger. Asseyez-vous à Gaza, asseyez-vous à Ramallah et commencez à mettre de l'ordre, parce que cette anarchie amène un terrible désastre sur nous, aussi bien sur votre peuple que sur le nôtre.»