Port du voile dans la fonction publique, cours de natation: le débat embrase jusqu’aux femmes socialistes. Faut-il poser des limites claires à certaines manifestations culturelles et religieuses? Si certaines camarades refusent de jeter de l’huile sur le feu au lendemain du vote anti-minarets, les Femmes socialistes réfléchissent au moyen de «réaffirmer que les droits des femmes sont valables pour toutes les femmes de ce pays», selon leur coprésidente Maria Roth-Bernasconi. Les Femmes socialistes envisagent de publier un manifeste, en réponse aux craintes exprimées par une partie de l’électorat dimanche dernier.

Tout le monde le suppose, à commencer par Michael Hermann: «A côté du oui classique de droite dirigé contre l’étranger», estime le politologue, «il y a eu un oui féminin». «Ces femmes ne sont pas ignorantes», analyse Maria Roth-Bernasconi, dont la section et le parti se sont par ailleurs fermement opposés à l’initiative anti-minarets. La députée refuse l’explication selon laquelle les femmes ont été instrumentalisées. «Elles expriment une crainte réelle, à savoir que les droits acquis de haute lutte puissent être remis en question par les fondamentalismes religieux, quels qu’ils soient.»

Les images de femmes afghanes en burqa, l’application de la charia dans certains pays: ces représentations se sont certes insinuées dans la campagne sur les minarets. Mais à côté de cette récupération, les réticences féminines expriment aussi, selon Maria Roth-Bernasconi, certaines préoccupations plus immédiates. «Certaines femmes en Suisse peuvent être confrontées à des comportements machistes, qui peuvent parfois avoir été importés de régions où le patriarcat est encore très dominant.»

Stigmatisation inutile

D’où, estime la Genevoise, la nécessité de rassurer ces personnes. «Or, la stigmatisation ou une interdiction de construire ne sont pas la solution.» La prise de position des Ffemmes socialistes entend réaffirmer que «les droits des femmes s’appliquent à toutes» et apporter des réponses concrètes aux coutumes et comportements, quelles qu’en soient les origines, qui contreviennent à ce principe.

La burqa? «Une interdiction n’arrangerait rien aujourd’hui. Quasiment aucune femme ne la porte en Suisse, sauf quelques touristes. Si son port devait se généraliser, il faudrait effectivement agir, car la burqa déshumanise celle qui la porte. Mais nous n’en sommes pas là», assure Maria Roth-Bernasconi. De même, les Femmes socialistes ne sont pas favorables à une interdiction du voile à l’école, comme le veut l’UDC. «Sinon, ces enfants risquent d’être retirées de l’école», prévient la Genevoise. En revanche, toutes les personnes occupant une fonction publique, telles que les enseignantes ou les infirmières, ne doivent pas porter le voile. «Et les entreprises privées doivent être libres d’exiger que leurs employées ne portent pas le voile», précise Maria Roth-Bernasconi. Enfin, les Femmes socialistes exigent la fermeté à l’égard des demandes de dispenses de natation.

L’idée d’un manifeste intéresse au-delà des rangs socialistes. Ainsi, la présidente des Femmes libérales-radicales, Jacqueline de Quattro, envisage «une action commune avec les sections femmes des autres partis». Pour la conseillère d’Etat vaudoise, il s’agit effectivement de «rassurer les femmes, et de rappeler que l’égalité entre femmes et hommes n’est pas remise en cause en Suisse». Mais il faut également, insiste Jacqueline de Quattro, que les différentes communautés «apprennent à mieux se connaître». Car c’est «l’amalgame entre religion et extrémisme», estime la libérale-radicale, qui a surtout poussé les femmes à accepter ce texte.

De leur côté, les Femmes écologistes «se distancient clairement des déclarations selon lesquelles l’adoption ce dimanche de l’initiative anti-minarets a été un signal pour l’égalité des droits». «Les minarets, quelques femmes qui portent la burqa et les mariages forcés ne sont pas coupables du fait que l’égalité des femmes n’est pas encore une réalité en Suisse», écrit la section écologiste dans un communiqué.