Par terre, les cartons s'empilent. A l'intérieur: des dizaines de classeurs remplis des pétitions «pour libérer Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Mohammed Al-Joundi». Sur une table, d'autres livres hâtivement reliés contiennent les milliers de messages de soutien recueillis par Reporters sans frontières (RSF) pour les deux journalistes français et leur chauffeur syrien enlevés en Irak le 20 août dernier. Robert Ménard, le secrétaire général de RSF, est le baromètre de la mobilisation populaire et médiatique en faveur de nos confrères détenus. Il vient juste de donner une dernière interview téléphonique et s'apprête à discuter avec la Mairie de Paris d'une initiative «spectaculaire» pour marquer, à la fin de la semaine, le 50e jour de détention des trois hommes. Mais derrière tant d'énergie, l'inquiétude pointe: «Cette polémique politicienne et médiatique sur la mission Julia ne sert pas la cause des otages, s'énerve-t-il. Les gens ne savent plus qui croire. Et les ravisseurs, eux, vont sans doute en profiter pour augmenter leurs exigences. Quelles qu'elles soient.»

Pas question, ici, de tirer à boulets rouges sur le député français et son équipée ratée entre le Liban, la Syrie et l'Irak. RSF, en contact avec tous les médias de l'Hexagone, a reçu comme quelques autres «contacts privilégiés» des nouvelles au jour le jour des collaborateurs de Didier Julia: «Ils m'appelaient pour nous dire où ils étaient, ce qu'ils faisaient. J'y ai cru, moi aussi», reconnaît Robert Ménard pour qui «la seule chose qui compte est de sortir nos deux confrères de ce bourbier».

N'est-il pas indigné? Furieux de savoir que les collaborateurs du parlementaire ont peut-être, par leurs erreurs et leurs mensonges, prolongé la détention de Christian Chesnot et Georges Malbrunot? «Si, bien sûr. Mais est-ce le moment de livrer ce genre de querelles et de régler ses comptes? Je ne le pense pas. Les services secrets français ne se privent pas d'utiliser parfois des intermédiaires plus ou moins recommandables. Une prise d'otages, ce n'est pas une affaire comme une autre. C'est souvent pourri. Très pourri.»

Pas question non plus, à Reporters sans frontières, de remettre en cause les méthodes de l'organisation. En multipliant les appels à la mobilisation populaire en faveur des reporters et de leur chauffeur, en diffusant spots radio et TV, Robert Ménard sait qu'il contribue, quelque part, à faire monter les enchères. «Je ne suis pas aveugle, reconnaît-il. Je sais que, pour les ravisseurs, nos campagnes sont aussi, malheureusement, un formidable coup de pub. Qui connaissait l'Armée islamique en Irak avant le kidnapping des deux journalistes? C'est le revers de la médaille. Mais je sais aussi que le silence est pire que tout. Se taire, c'est prendre un risque encore plus grand: celui de voir nos amis exécutés…»