Beaucoup le redoutaient: des centaines de Maliens pillaient mardi matin à Tombouctou des magasins appartenant selon eux à «des Arabes», accusés d’être «des terroristes» alliés des islamistes armés ayant occupé pendant 10 mois cette ville mythique du nord du Mali.

La foule, constituée de personnes visiblement très pauvres, s’en prenait à des magasins tenus selon elle par «des Arabes», «des Algériens», «des Mauritaniens», accusés d’avoir soutenu les islamistes armés liés à Al-Qaida dans la ville reprise lundi sans combat par les armées française et malienne.

Dans certaines boutiques, des munitions et des radios militaires ont été découvertes, a constaté l’AFP, au lendemain de la prise de Tombouctou par des soldats français et maliens.

Mais l’essentiel de la population était occupée à se saisir de tout ce qui traînait, télévisions, antennes satellite, nourriture, meubles, vaisselle…

Certains se battaient pour la possession d’objets, d’autres défonçaient les portes métalliques verrouillant les échoppes, dont certaines ont été intégralement vidées en quelques minutes.

Dans le quartier d’Abaradjou, un homme qui logeait dans une ancienne banque, reconvertie par les islamistes en «centre de recommandation du convenable et de l’interdiction du blâmable», a été sorti du bâtiment par une foule hystérique de centaines de personnes, parfois armées de bâtons, qui ont tout pillé, jusqu’à la moindre chaise de bureau.

Conférence des pays donateurs

Au même moment, une conférence de donateurs internationaux destinée à financer le déploiement d’une force africaine au Mali et la restructuration de l’armée malienne s’est ouverte à Addis-Abeba, au siège l’Union africaine. Pays africains, Union européenne, Japon, Etats-Unis et ONU y participent.

L’UA a estimé à 460 millions de dollars le budget du seul déploiement de la force africaine au Mali. L’organisation panafricaine prévoit d’y contribuer à hauteur de 10%.

Le Japon s’est engagé mardi à verser 120 millions de dollars pour le Mali et le Sahel, quelques jours après la mort de dix Japonais dans une prise d’otages en Algérie par des islamistes qui disaient agir en représailles à l’intervention française.

Lundi, le Fonds monétaire international a versé lundi 18,4 millions de dollars au Mali pour convaincre les donateurs internationaux de reprendre leur soutien financier gelé depuis le coup d’Etat militaire de mars 2012 à Bamako.

Exactions avant de fuir

A Tombouctou, les témoignages après le départ des islamistes se sont multipliés sur la destruction de précieux manuscrits datant de plusieurs siècles dans cette cité qui fut la capitale intellectuelle et spirituelle de l’islam en Afrique aux XVe et XVIe siècles et une prospère cité caravanière.

«Le centre Ahmed Baba où se trouvent des manuscrits de valeur a été brûlé par les islamistes. C’est un véritable crime culturel», s’est lamenté le maire de Tombouctou, Halley Ousmane. L’Institut Ahmed Baba abrite entre 60 000 et 100 000 manuscrits, selon le Ministère malien de la culture.

Selon les habitants, les islamistes ont pris la fuite après les frappes aériennes françaises ces derniers jours.

François Hollande plus optimiste

«Nous sommes en train de gagner cette bataille», a asséné à Paris le président français François Hollande. «Quand je dis nous, c’est l’armée malienne, ce sont les Africains soutenus par les Français», a-t-il précisé aussitôt.

L’opération sur Tombouctou survient deux jours après la prise de Gao, plus importante ville du nord et un des bastions des combattants islamistes, à 1200 km au nord-est de Bamako.