Asie

Répression de l’homosexualité: le Brunei n’est pas un cas isolé

Au Brunei, l’homosexualité sera punie par la peine de mort. La mesure extrême introduite par ce petit sultanat asiatique masque la diversité d’un continent qui a récemment vu l’Indonésie et la Malaisie sombrer dans la discrimination anti-LGBT, alors que Taïwan et la Thaïlande s’apprêtent à légaliser le mariage gay. Tour d’horizon

Le Brunei, un sultanat coincé entre deux provinces malaises sur l’île de Bornéo, s’apprête à introduire un nouveau Code pénal fondé sur la charia, qui prévoit la peine de mort par lapidation pour les actes homosexuels. Pour que la législation, dont l’entrée en vigueur est prévue mercredi, s’applique, «il faudra que les deux suspects aient confessé ou qu’il y ait quatre témoins, détaille Matthew Wolfe, qui dirige l’ONG The Brunei Project. Si ces preuves manquent, ils pourront néanmoins être condamnés à des coups de fouet et à une longue peine de prison.» La loi ne s’applique qu’aux hommes musulmans.

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Dans cet ancien protectorat britannique dirigé depuis 51 ans par le sultan Hassanal Bolkiah, la loi a été progressivement durcie pour la rendre davantage compatible avec les préceptes islamiques. L’homosexualité y était déjà punissable de 10 ans de prison. «Depuis 2014, manquer les prières du vendredi ou ne pas pratiquer le ramadan peut mener en prison», précise le militant. Le Code pénal qui entre en vigueur mercredi s’applique aussi à l’adultère et permet de trancher la main ou le pied d’un voleur.

Attirer des capitaux et des touristes musulmans

Cette semaine, le Brunei a essuyé une salve de critiques en provenance du monde entier. L’acteur George Clooney a notamment appelé à boycotter les neuf hôtels de la chaîne Dorchester – parmi lesquels se trouvent le Plaza Athénée de Paris et le Beverly Hills Hotel – car ils appartiennent à ce petit Etat pétrolier. Celui-ci espère que son nouveau Code pénal va lui permettre d’attirer des capitaux et des touristes musulmans, afin de réduire sa dépendance sur l’or noir.

Mais le sultanat n’est pas un cas isolé en Asie. «Depuis 2016, la communauté LGBT d’Indonésie subit une vague de répression, indique Dede Oetomo, un militant indonésien. Les saunas et boîtes de nuit gays subissent régulièrement des raids et il ne se passe presque pas un jour sans qu’un politicien nous attaque.» Les propos deviennent de plus en plus virulents, surtout à l’approche de l’élection présidentielle du 17 avril. «Les gays servent de boucs émissaires pour séduire l’électorat conservateur», note Suki Chung, d’Amnesty International.

A Aceh, une province du nord de Sumatra qui applique la charia, un couple homosexuel a été condamné à 83 coups de bâton en 2017. La punition a eu lieu en public, devant une foule en liesse. «Le parlement envisage en outre de rendre l’homosexualité illégale, dans le cadre d’une révision du Code pénal», précise Dede Oetomo.

Homosexualité interdite en Malaisie

En Malaisie, autre pays musulman, la communauté gay est aussi de plus en plus stigmatisée. L’homosexualité y est interdite, menant à une peine de prison de 20 ans, et peut être punie par des coups de fouet dans certaines provinces qui ont adopté des lois inspirées par la charia. «Le gouvernement a récemment dénoncé des militants gays qui ont pris part à une marche pour la Journée internationale de la femme, le 8 mars, dit Ryan Silverio, le coordinateur régional de l’ONG Asean Sogie Caucus. Il menace de les poursuivre pour sédition.»

Les relations entre les personnes du même sexe sont également prohibées en Birmanie, au Bangladesh, au Pakistan, à Singapour et aux Maldives. La Chine présente, elle, un cas intermédiaire: il y a eu quelques avancées, comme la décision d’un tribunal l’an dernier de compenser un enseignant licencié en raison de son homosexualité, mais la discrimination y reste féroce. Les «conversions» forcées y sont par exemple toujours pratiquées. De même, l’Inde a dépénalisé les relations homosexuelles en septembre, mais la population reste hostile aux gays.

Des bonnes nouvelles et des surprises

La communauté LGBT en Asie a aussi eu droit à son lot de bonnes nouvelles. «Taïwan deviendra le premier pays d’Asie à autoriser le mariage gay à partir du 24 mai», relève Suki Chung. En Thaïlande, le parlement va se pencher sur une loi similaire. Il y a aussi eu des progrès sur le plan local. Au Japon, au moins 11 municipalités reconnaissent les unions entre partenaires du même sexe. «Aux Philippines, une vingtaine de gouvernements locaux ont adopté des lois anti-discrimination», précise Ryan Silverio.

Et il y a les surprises. En décembre dernier, la Cour suprême de Singapour a autorisé un couple gay à adopter le fils qu’ils avaient eu par l’entremise d’une mère porteuse. Le Népal et le Vietnam sont tous deux devenus des havres pour les membres de la communauté LGBT ces dernières années. Hanoi autorise implicitement les unions gays et s’apprête à avaliser les changements de sexe, alors que Katmandou a officiellement introduit un troisième genre, à l’instar du Pakistan et du Bangladesh.

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