L’ancien chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic a assuré lundi devant le Tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie que son peuple n’avait fait que se défendre et n’avait jamais voulu la guerre de Bosnie qui fit 100’000 morts.

«Tout ce que les Serbes ont fait était de la légitime défense et tout cela a été traité comme un crime», a déclaré M. Karadzic en présentant pendant près de cinq heures sa défense, qu’il assure seul, à la reprise de son procès pour génocide à La Haye.

«Je défendrai notre nation et sa cause qui est juste et sacrée et, de cette manière, je serai capable de me défendre également», a annoncé d’une voix assurée l’ancien président de la République autoproclamée des Serbes de Bosnie, assis sur le banc des avocats de la défense et non dans le box des accusés.

Radovan Karadzic, 64 ans, est accusé d’avoir orchestré un «nettoyage ethnique» pendant la guerre de Bosnie, qui a fait 100’000 morts et 2,2 millions de déplacés entre 1992 et 1995. Sa déclaration liminaire, résumé de l’argumentaire de sa défense, doit se poursuivre mardi.

«Il n’y a jamais eu d’intention, d’idée et encore moins de plan d’expulser les Musulmans et Croates» des territoires convoités par les Serbes, a encore affirmé l’accusé, montrant à l’appui de ses propos des photos et extraits d’interviews audio et vidéo.

«Le seul plan que nous avions, c’était sauver nos têtes, sauver nos biens et conserver nos territoires», a assuré M. Karadzic, qui plaide non coupable des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide donc il est accusé.

Il assistait pour la première fois lundi à une audience de son procès après en avoir boycotté les trois premières journées en octobre 2009 au motif qu’il n’avait pas eu assez de temps pour se préparer. Le procès avait alors été ajourné pour quatre mois, jusqu’à lundi.

Arrêté en juillet 2008 à Belgrade 13 ans après son inculpation, Radovan Karadzic encourt la prison à vie.

Il doit notamment répondre du massacre de Srebrenica au cours duquel plus de 7000 hommes et garçons musulmans ont été tués en juillet 1995. Ce massacre, le pire commis en Europe depuis la Seconde guerre mondiale, était «une réaction» aux «provocations» des Musulmans de Bosnie qui tenaient l’enclave, a avancé M. Karadzic.

M. Karadzic, qui a accusé le TPI d’utiliser «des loi mafieuses» et le procureur d’avoir «fabriqué» ses preuves, n’a cessé de rejeter la responsabilité de la guerre sur les Croates et surtout sur les Musulmans de Bosnie.

«Les leaders des Musulmans s’en tenaient à cette solution qui ne pouvait que déboucher sur la guerre : une Bosnie souveraine et indépendante», a argué M. Karadzic, les accusant d’avoir voulu «fonder un Etat islamique».

Montrant la photo d’un soldat musulman qui tenait, selon lui, la tête coupée d’un soldat serbe, il a lancé: «Radovan Karadzic et le peuple serbe en Bosnie-Herzégovine ont fait tout leur possible pour éviter la guerre».

L’accusation doit dès mercredi appeler à la barre le premier témoin à charge, dont l’identité n’a pas été révélée.

Radovan Karadzic avait demandé un nouvel ajournement de son procès au 17 juin après sa déclaration liminaire, rejeté par le tribunal. Il veut faire appel de cette décision, ont fait savoir ses deux conseillers juridiques assis à ses côtés.