Après cinq mois d’interruption, les négociations pour sauver l’accord sur le nucléaire conclu en 2015 ont été relancées fin novembre lors d’un huitième cycle entre les pays toujours parties à l’accord: l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Chine, l’Iran et la Russie. «Le huitième round des négociations de Vienne vient de commencer», a ainsi tweeté ce lundi après-midi Alain Matton, porte-parole de l’Union européenne.

L’enjeu des pourparlers vise à faire revenir dans le pacte les Etats-Unis, qui l’avaient quitté en 2018 et avaient rétabli des sanctions contre l’Iran. Les Etats-Unis participent aux négociations de manière indirecte, Téhéran refusant des discussions directes avec Washington.

Le refus de Téhéran de «perdre du temps»

«Aujourd’hui, un nouveau cycle de pourparlers s’ouvre. La question des garanties et de la vérification» de la levée des sanctions américaines si Washington réintégrait l’accord «sont à l’ordre du jour», a déclaré ce lundi 27 décembre le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian.

L’accord de 2015 offrait à Téhéran la levée d’une partie des sanctions étouffant son économie en échange d’une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous strict contrôle de l’ONU. Il est moribond depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis et le rétablissement de sanctions affectant plusieurs secteurs économiques du pays, dont l’exportation de pétrole. L’Iran, qui dément vouloir se doter de la bombe atomique, est ensuite revenu progressivement sur la plupart de ses engagements.

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«La chose la plus importante pour nous est d’atteindre un point où nous pouvons nous assurer que le pétrole iranien sera vendu facilement et sans aucune limite, que l’argent de ce pétrole sera transféré en devises étrangères sur des comptes bancaires iraniens et que nous pourrons bénéficier de tous les revenus des différents secteurs économiques», a alors rappelé Hossein Amir-Abdollahian.

Nous sommes parvenus à un document commun sur la question du nucléaire et sur les sanctions. Aujourd’hui, les premières négociations vont commencer», a-t-il ajouté.

Le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, Saïd Khatibzadeh, a «conseillé à tous les participants aux négociations de venir à Vienne avec la volonté d’obtenir un bon accord», soulignant le refus de Téhéran de «perdre du temps et de l’énergie.» Il a rappelé que la délégation iranienne allait se «concentrer sur deux documents: la levée des sanctions et l’activité nucléaire.»

Washington avait déjà mis en garde Téhéran contre des discussions qui traîneraient en longueur, sans pour autant fixer d’ultimatum pour l’instant. Il ne reste plus que «quelques semaines» pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien si Téhéran continue à développer ses activités atomiques au rythme actuel, a prévenu la semaine dernière le négociateur américain Rob Malley. Celui-ci a ensuite mis en garde contre une «crise» en cas d’échec de la diplomatie.

L’enrichissement d’uranium

Même ton du côté de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni. «Le temps est compté. A défaut de progrès rapides, au vu de l’avance rapide du programme nucléaire iranien, l’accord deviendra très prochainement une coquille vide», ont averti de hauts responsables. Jeudi, le coordinateur de l’Union européenne Enrique Mora a estimé qu'«il était important d’accélérer le rythme sur les questions clés en suspens […] en travaillant étroitement avec les Etats-Unis.»

Dans une déclaration samedi à l’agence de presse russe RIA Novosti, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique Mohammad Eslami a indiqué que son pays n’avait pas l’intention d’enrichir de l’uranium au-delà de 60% en cas d’échec des négociations sur son programme nucléaire. «Nos objectifs en matière d’enrichissement d’uranium sont de répondre à nos besoins industriels, de production» et à ceux «du peuple iranien», a-t-il dit. L’ambassadeur russe auprès de l’ONU à Vienne, Mikhaïl Oulianov, a qualifié cette déclaration de «message positif.»

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Le chef de la diplomatie israélienne, Yaïr Lapid, dont le pays craint que l’Iran, pays ennemi, ne se dote de l’arme atomique, a déclaré ce lundi que «arrêter le programme nucléaire de Téhéran» était le premier défi pour la «politique sécuritaire et extérieure» d’Israël. «Nous préférons agir à travers la coopération internationale, mais si nécessaire nous nous défendrons par nous-mêmes», a-t-il ajouté.