Avec ses clips de campagne, ses vidéos préenregistrées et ses messages Zoom parfois filmés via un téléphone portable tremblotant, la convention démocrate cuvée 2020 a des allures des plus particulières. Essentiellement virtuelles à cause de la pandémie, les soirées, à défaut d’être excitantes, présentent une belle brochette d’intervenants. Des anciens présidents – Bill Clinton, Barack Obama, la voix de Jimmy Carter – et des stars, notamment – la footballeuse Megan Rapinoe, l’artiste John Legend ou encore l’actrice Eva Longoria, qui a animé la première soirée. Mais pour que le casting soit parfait, un ingrédient était indispensable: des républicains déçus du trumpisme. Ils sont plusieurs à avoir répondu à l’appel.

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Les «flatteries des dictateurs»

Colin Powell, secrétaire d’Etat sous George W. Bush, a prononcé un discours mardi soir. Début juin déjà, il avait révélé qu’il voterait pour Joe Biden. La veuve du sénateur John McCain a également apporté son soutien au candidat démocrate, en intervenant dans une vidéo mettant en scène «l’amitié improbable» qui liait les deux hommes. Et lundi, c’est John Kasich, ex-gouverneur de l’Ohio, qui a délivré un message, parmi d’autres républicains dissidents.

«Joe Biden fera confiance à nos diplomates et à nos services de renseignement, et non aux flatteries des dictateurs et des despotes. Il remplira son devoir quand quelqu’un ose nous menacer. Il résistera à nos adversaires avec force et expérience», a déclaré mardi Colin Powell. Son cas est particulier. C’est la quatrième fois déjà qu’il ne vote pas en faveur d’un républicain lors d’une élection présidentielle. En 2008 et 2012, il avait soutenu Barack Obama, et en 2016, son choix s’était porté sur Hillary Clinton. Mais en 2000, il a prononcé le principal discours de la convention nationale républicaine en faveur de George W. Bush.

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George W. Bush, justement, fait également partie des républicains qui tournent le dos à Donald Trump et voteront pour Joe Biden. Il n’a toutefois pas franchi le pas de participer à la convention démocrate. Autre figure dissidente, très médiatisée: le «Never Trumper» Mitt Romney, sénateur de l’Utah, l’élu républicain du Congrès le plus virulent à l’égard du président. Il est le seul à avoir voté avec les démocrates en faveur de la destitution de Donald Trump.

Un sandwich au thon

Deux groupes donnent également de la voix. Le Lincoln Project, d’abord. Il est notamment piloté par l’avocat George Conway, l’époux de Kellyanne Conway, une des conseillères de Trump. Il s’attaque au président à travers des vidéos percutantes. Republican Voters Against Trump, ensuite, qui produit également des clips incisifs. Sur internet, il regroupe des centaines de témoignages filmés de républicains qui ne soutiendront pas le président en novembre. Avec des phrases comme: «Je voterais pour un sandwich au thon avant de voter de nouveau pour Donald Trump.» Derrière ce groupe, on retrouve notamment la stratège politique Sarah Longwell, en faveur de l’impeachment de Trump, l’écrivain conservateur Bill Kristol et un ancien assistant de Jeb Bush.

Donald Trump, qui suit la convention démocrate de près, réagit avec virulence sur Twitter. Il s’en est notamment pris à John Kasich. «L’Amérique est à la croisée des chemins. Je suis fier de mon héritage républicain, mais ce dont j’ai été témoin ces quatre dernières années contredit ses principes», a notamment déclaré l’ancien gouverneur. La réponse de Donald Trump a été cinglante. «John Kasich a fait un mauvais travail dans l’Ohio, il s’est présenté aux élections présidentielles [de 2016, ndlr] et a été facile à battre, et il est maintenant passé de l’autre côté en cherchant désespérément la pertinence», a-t-il tweeté. En le traitant de «loser».