Le Temps: Comment interprétez-vous les résultats des élections de mi-mandat?

William Galston: Les républicains savaient qu’il allait être très difficile de conquérir le Sénat. Les résultats ne constituent donc pas une surprise. Mais personne ne s’attendait à un tel raz-de-marée républicain à la Chambre des représentants. Ces derniers ont obtenu le plus important gain en sièges pour un parti d’opposition lors d’une élection de mi-mandat depuis 1938.

– Ces élections ont-elles été l’occasion pour l’Amérique de sanctionner le premier président noir élu à la tête des Etats-Unis?

– Le fait qu’il est un président noir n’a joué aucun rôle. Les électeurs ont jugé deux choses: l’état calamiteux de l’économie et la manière dont les démocrates ont choisi de régler le problème. Dans les deux cas, leur verdict est très sévère. Si plusieurs écoles se disputent au sujet des plans de relance, les uns les jugeant trop minimaux, les autres trop généreux, il y a une chose sur laquelle tout le monde est d’accord: ces plans n’ont pas permis d’accomplir ce que la Maison-Blanche promettait.

– Quelle est la marge de manœuvre des républicains, désormais largement majoritaires à la Chambre des représentants?

– Les républicains ont une chance de prouver qu’ils sont capables d’aider à gouverner le pays. Mais il faut savoir la saisir. Au milieu des années 1990, ils ont eu une chance similaire, mais ils l’ont galvaudée. Plusieurs républicains à la tête du parti se souviennent d’ailleurs très bien de cette période. Ils avaient remporté une victoire écrasante en 1994 et à partir de janvier 1995, sous la direction du président de la Chambre des représentants Newt Gingrich, ils avaient surinterprété leur mandat. Ils avaient fait de l’obstructionnisme face à la Maison-Blanche afin de contraindre Bill Clinton à les suivre. Le peuple américain avait très mal réagi et le président avait réussi à forcer les républicains à s’asseoir à la table de négociations. Bill Clinton fut réélu confortablement à la présidence en 1996. Désormais, les leaders républicains sont résolus à ne pas commettre la même erreur. Voyons s’ils tiennent leur promesse.

– Barack Obama doit-il s’inspirer de l’attitude adoptée par Bill Clinton?

– Comme Bill Clinton, le président Obama doit réfléchir sérieusement aux domaines où un compromis avec les républicains lui semble possible et acceptable. Il doit aussi identifier les questions de principes intangibles. Une fois qu’il aura établi cela, il devra l’expliquer au peuple américain et le défendre avec conviction. Je ne dis pas qu’il doit faire les mêmes choix que Bill Clinton, mais il doit passer par le même processus de réflexion. Ce serait une grave erreur de sa part de se dire qu’il n’y a rien à changer. S’il le fait, il en paiera le prix fort.

– Face aux républicains, Barack Obama peut-il sauver ses deux grandes réformes de la Santé et de Wall Street?

– Oui, il peut les défendre dans une large mesure, mais il devra sans doute accepter quelques petits amendements. Une chose est sûre: au cours des deux prochaines années, les républicains n’auront aucune chance d’invalider les lois en question. Politiquement, ce n’est pas dans leurs cordes.

– Chez les démocrates, phénomène intéressant, ce sont surtout les blue dogs, les démocrates conservateurs du Sud, qui ont perdu. La représentation démocrate à la Chambre est désormais plus à gauche qu’avant les élections…

– Les démocrates conservateurs et modérés sont surtout implantés dans des districts qui sont beaucoup plus mélangés en termes démographiques et politiques. La politique d’Obama de ces deux dernières années était très populaire sur la côte Ouest et dans le Nord-Est parmi les démocrates les plus libéraux. Mais très impopulaire dans le Sud et le Midwest. C’est là que les blue dogs ont subi de grosses pertes.