En l’espace de trois jours, on a à peu près tout entendu à propos de Barack Obama. Le président américain est un lâche. Il a sapé le crédit de la première puissance mondiale, confirmant au dictateur syrien Bachar el-Assad et au président russe Vladimir Poutine l’impuissance des Etats-Unis. Il s’est enfermé dans un piège en demandant au Congrès d’autoriser l’usage de la force pour sanctionner le régime syrien qui serait à l’origine de l’attaque chimique massive du 21 août dans la Ghouta orientale ayant coûté la vie à plus de 1400 personnes, dont 400 enfants. Il est sur le point de créer un précédent en réduisant le pouvoir de la Maison-Blanche que l’équipe de George W. Bush s’était pourtant évertuée à élargir au-delà de tout. Or, si le choix de Barack Obama d’aller au Capitole est risqué, il pourrait être plus menaçant encore pour les républicains.

Ironie de la politique: c’est le président démocrate qui entend recourir à la force pour donner corps à la ligne rouge qu’il a maladroitement tracée l’an dernier pour signaler à Damas que l’utilisation d’armes chimiques ne serait pas tolérée. Les républicains, eux, hésitent ou refusent toute intervention en Syrie. Le basculement est saisissant. Depuis qu’il est à la Maison-Blanche, Barack Obama a systématiquement été décrit par une bonne partie du Grand Vieux Parti comme un commandant en chef des armées à la limite de la couardise, obnubilé par sa volonté de retirer les troupes américaines d’Irak, puis d’Afghanistan.

Aujourd’hui, le président américain met ses adversaires républicains devant leurs responsabilités. Un quitte ou double qui a le potentiel de diminuer l’influence de la Maison-Blanche ou au contraire de la renforcer. Jusqu’ici, les républicains se sont appliqués à mettre des bâtons dans les roues du démocrate dans ses projets de régulation du port d’armes, de réforme de la santé et de l’immigration, voire de lutte contre le changement climatique.

Mais la question syrienne pourrait avoir un prix plus élevé pour le Parti républicain. C’est lui qui jusqu’ici s’est toujours présenté comme le héraut de l’exceptionnalisme de l’Amérique, comme le grand défenseur de la démocratie à travers le monde. L’aventure néoconservatrice désastreuse menée en Irak sous les auspices du président George W. Bush avait clairement son empreinte. La défense inconditionnelle d’Israël (lire ci-dessous) est aussi une priorité récurrente des républicains. Or, comme l’avait explicitement démontré le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou devant l’ONU en septembre 2012, en dessinant les lignes rouges que Téhéran ne doit pas franchir dans son programme nucléaire, l’Etat hébreu attache une grande importance à la question des armes de destruction massive. Un «non» des républicains du Congrès à des frappes américaines contre Damas serait une forme de reniement. Lundi, lors du Labor Day, un jour férié marquant la fin de la pause estivale, Barack Obama a bien compris qu’il avait une carte à jouer auprès des faucons républicains. Dans l’après-midi, il a reçu à la Maison-Blanche les sénateurs John McCain et Lindsey Graham. Tous deux appellent depuis des mois à une réponse musclée aux atrocités commises par le régime de Bachar el-Assad. Mais ils menacent de voter non si l’administration démocrate se contente de frappes symboliques.

Barack Obama embarrasse les républicains à un moment où ils sont tiraillés de toutes parts. Si l’aile néoconservatrice perdure, elle est contestée par les libertariens tels que Rand Paul, qui préconisent l’isolationnisme. Mais aussi par ceux qui insistent sur la grandeur de l’Amérique, mais qui sont tentés par le repli après l’Irak et l’Afghanistan. Décider de ne pas intervenir face à une attaque chimique massive pourrait coûter cher. Les candidats potentiels à l’investiture républicaine pour 2016 doivent déjà se positionner. Or leur vote sur la Syrie risque de peser lourd dans la balance. Lors des primaires démocrates de 2008, le fait qu’Hillary Clinton avait voté en faveur de l’intervention en Irak en 2003 a manifestement joué en faveur de Barack Obama.

A l’heure où l’opinion publique plébiscite le choix de Barack Obama de recourir au Congrès, sans doute dans l’espoir d’un refus de toute opération militaire, le président américain pousse de fait les républicains du Congrès à prendre clairement position. Une tâche ardue sans savoir comment l’électeur appréhendera la tragédie syrienne dans deux ans. Il reste que lorsque les intérêts nationaux sont en jeu, l’opportunisme politique, chez les républicains, n’est peut-être pas la meilleure stratégie.

Le président embarrasse les républicains àun moment où ils sont tiraillés de toutes parts