Il n’aura donc fallu que quelques jours à la justice suisse pour précipiter la chute de Jérôme Cahuzac.

Le Ministère public genevois a confirmé et précisé mercredi les informations publiées le même jour par Le Temps. «Nous avons reçu une demande d’entraide judiciaire du parquet de Paris le 19 mars, explique le premier procureur Yves Bertossa. Le 21 mars, considérant, sur la base des faits décrits, que des conditions à l’escroquerie fiscale auraient pu être réalisées en Suisse [soit un montage, ou des dissimulations via une ou plusieurs sociétés, ndlr], le Ministère public a jugé qu’il pouvait entrer en matière. Le 22 mars, il a émis une ordonnance de séquestre bancaire auprès des établissements concernés.»

Les deux établissements en question, UBS Genève et Reyl & Cie, se sont exécutés et les informations transmises «confirmaient l’existence d’un compte en Suisse depuis 1992». La suite est connue: Jérôme Cahuzac est passé aux aveux mardi et a donné son accord, mercredi par voie de communiqué, pour que la documentation saisie soit transmise en procédure simplifiée – directement et dans les plus brefs délais – au parquet parisien. «Un accord qui est à mettre au crédit de Jérôme Cahuzac», estime Yves Bertossa.

Le magistrat ne souhaite pas donner de détails quant au contenu précis de la documentation saisie. Il confirme toutefois que le montant avancé par Jérôme Cahuzac lui-même sur son blog – quelque 600 000 euros – correspond à ce qui a été découvert en Suisse. Il ne s’étend pas non plus sur le circuit de l’argent, depuis l’ouverture du compte à UBS en 1992. «Il s’agit d’un seul compte, précise-t-il toutefois, qui a pu être ouvert dans un établissement et transféré dans un autre.» Selon des sources proches du dossier, le compte de Jérôme Cahuzac a été ouvert en 1992 à UBS Genève, son contenu a été transféré en 1998 chez Reyl & Cie, toujours à Genève, avant d’être transféré à nouveau en 2009 dans la filiale singapourienne de la banque Julius Baer.

Sur leur site internet, Le Monde et la RTS ont apporté une précision mercredi: en 1992, le compte a été ouvert pour Jérôme Cahuzac par un avocat fiscaliste français, Philippe Péninque, proche de Marine Le Pen, avant d’être repris en nom propre en 1993 par le futur ministre déchu, via Reyl & Cie, qui n’était alors pas encore une banque. Une information confirmée au quotidien français par Philippe Péninque: «Jérôme Cahuzac avait besoin d’un compte, je l’ai aidé à l’ouvrir.»

Contacté par Le Temp s, l’avocat genevois de Jérôme Cahuzac, Didier Bottge, estime que «la décision de Jérôme Cahuzac de donner son accord à la transmission de la documentation s’inscrit dans la logique de sa communication de mardi». A savoir des aveux complets. Il conteste en revanche que son client ait avoué après avoir eu vent des perquisitions menées à Genève: «Contrairement à ce qu’a pu déclarer le Ministère public, mon client a pris sa décision motu proprio. Ce n’est pas le contenu du dossier suisse qui est causal de son aveu.»

L’avocat explique en effet qu’il n’a été informé des perquisitions genevoises que le jeudi 28 mars, «par lettre de l’une des deux banques», et qu’il n’a pu consulter le dossier que le mardi 2 avril dans l’après-midi, au moment où Jérôme Cahuzac publiait ses aveux.

Jérôme Cahuzac aurait donc compris que la procédure d’entraide allait porter ses fruits et, pressé de tous côtés, n’aurait pas attendu qu’elle aboutisse pour passer à confesse.

Reste une question de taille: pourquoi la procédure d’entraide pénale a-t-elle permis de dévoiler en quelques jours l’existence d’un compte en Suisse, alors que la demande d’entraide administrative fiscale – adressée le 24 janvier à la Suisse sur demande du ministre de l’Economie et des finances, Pierre Moscovici – s’est soldée par une réponse négative?

La raison est simple: la requête était trop limitée. Dans un communiqué diffusé mercredi, Pierre Moscovici explique en effet que les autorités suisses ont été sollicitées «pour remonter jusqu’en 2006, date limite pour les recherches de l’administration fiscale en droit français compte tenu des règles de prescription». Il ajoute que la demande ne visait que la détention d’un compte auprès d’UBS, «seule information révélée par le journal Mediapart».

Or en 2006, Jérôme Cahuzac n’avait plus de compte à UBS depuis longtemps, raison pour laquelle l’Administration fédérale des contributions a répondu le 31 janvier au fisc français qu’il n’y avait pas de trace de compte auprès de l’établissement visé au cours de la période donnée.