«Sur le plan intérieur ce n'est pas très important, ça n'aidera pas le pays à régler ses problèmes, mais il faut considérer cette décision comme un cadeau des Etats-Unis à un gouvernement allié – Skopje a envoyé une trentaine de soldats en Irak – qui se trouve à la veille d'une difficile épreuve électorale.» Analyste politique, lecteur à l'Université européenne du Sud-Est à Tetovo, Veton Latifi n'accordait guère d'importance, jeudi, à la décision de Washington de reconnaître l'ex-République yougoslave de Macédoine sous le nom de «République de Macédoine».

Il faut dire que, même s'ils ont accueilli la nouvelle avec joie, les Macédoniens sont tous tendus vers le rendez-vous électoral de dimanche prochain, au cours duquel ils devront dire oui ou non à un référendum sur une nouvelle loi dite de décentralisation promulguée le 11 août dernier et qui a ravivé les tensions entre communautés macédonienne, majoritaire, et albanaise (22,7% sur un total de 2 millions d'habitants).

Depuis la proclamation de son indépendance, le 8 septembre 1991, la Macédoine ne s'appelait pas Macédoine. En tout cas pas officiellement. En effet, estimant que ce nom appartient à son patrimoine historique et culturel, la Grèce s'est toujours opposée à ce que sa petite voisine «usurpe» ce nom prestigieux que porte d'ailleurs une de ses provinces du nord. C'est ainsi que, le 8 avril 1993, c'est sous le nom d'«ex-République yougoslave de Macédoine (FYROM)» que le petit pays a fait son entrée à l'ONU. Depuis, les relations entre Athènes et Skopje ont connu plus de bas que de hauts, la Grèce imposant même, en 1994, un blocus économique à la FYROM, exigeant que cette dernière renonce à son drapeau, frappé du soleil de Vergina, symbole de la dynastie macédonienne antique.

Depuis, la tension a quelque peu diminué entre les deux pays, Athènes et les autres capitales européennes ainsi que les Etats-Unis étant surtout préoccupés d'éviter que la violence interethnique et la guerre ne submergent le petit Etat balkanique. Ce fut chose à peu près faite en 1999, lors de la guerre du Kosovo, au cours de laquelle la Macédoine accueillit près de 250 000 réfugiés et servit de base arrière à l'OTAN. Mais les choses se gâtèrent en février 2001, lorsque des affrontements éclatèrent entre forces macédoniennes et rebelles albanais de l'Armée de libération nationale (UÇK). Mettant alors la pression maximum sur les belligérants, Union européenne et Etats-Unis obtinrent, le 13 mai, la création d'un gouvernement d'union nationale comprenant les principaux partis albanais et macédoniens. Le 13 août de la même année à Ohrid, sur les bords du lac du même nom, un accord réévaluant les droits de la minorité albanaise est signé sous l'égide des Occidentaux.

Loi sur la décentralisation

Approuvée le 11 août dernier à une faible majorité au parlement, la nouvelle loi sur la décentralisation devait être la dernière étape pour la mise en œuvre de l'Accord d'Ohrid. Soutenu par l'Union européenne – à laquelle la Macédoine présente officiellement sa demande d'adhésion le 22 mars dernier –, le texte vise à donner plus de pouvoir à la minorité albanaise en modifiant le découpage électoral des municipalités et en faisant de l'albanais la seconde langue officielle du pays.

Mais pour de nombreux Macédoniens, encadrés par le principal parti d'opposition VMRO-DPMNE et une trentaine d'autres formations politiques et organisations non gouvernementales, cette loi est intolérable, car elle pourrait mener à une «division ethnique» du pays et pourrait favoriser la création d'une «Grande Albanie». Le référendum est lancé, les 150 000 signatures nécessaires sont rapidement recueillies, le vote agendé au 7 novembre prochain. S'il a peu de chance d'être validé, du fait de la nécessité de dépasser les 50% de participation, soit 850 000 votants, le référendum pourrait bien remettre en cause le fragile équilibre politique macédonien.

«Le référendum n'a rien à voir avec la décentralisation, explique encore Veton Latifi. Il vise en fait à remettre en cause tout l'équilibre de l'Accord d'Ohrid.» Du coup, et même si l'opposition ne parvient pas à déplacer suffisamment de monde aux urnes, «un score de 400 000 à 500 000 voix contre la loi sur la décentralisation ne pourra pas être sans conséquences», conclut le politologue, qui ne peut exclure une flambée de violence après la proclamation des résultats, dimanche soir ou lundi matin.