France

La République en marche sur les décombres des partis

Le mouvement créé par Emmanuel Macron tenait samedi sa première convention. Objectif: être prêt pour les prochaines échéances électorales, que les autres partis français redoutent

Une semaine, entre le 23 et le 30 juillet, pour décider par vote électronique des structures de direction de La République en marche (LREM). Lors de la première «convention», samedi, du mouvement créé en avril 2016 par Emmanuel Macron, les 3000 militants présents ont entendu le message: ne pas se transformer de suite en parti politique «comme les autres», tout en se préparant à affronter les prochaines échéances.

«Nous devons être prêts dès les sénatoriales de septembre, puis surtout pour les européennes et les municipales du premier semestre 2019. La marque En marche! doit durer car elle est synonyme d’un changement profond», explique au Temps un cadre de cette formation qui, depuis le 18 juin, dispose de la majorité absolue à l’Assemblée nationale avec 313 députés sur 577.

Mutation politique avérée

La formation créée par Emmanuel Macron devrait se doter, à l’issue de la consultation de ses adhérents (au moins depuis avril 2017, soit 240 000 personnes inscrites sans avoir nécessairement acquitté une contribution financière), d’une direction de trois à cinq membres, appuyés par un bureau d’une vingtaine de personnes et d’un Conseil national. La création d’un «média» pro-Macron est aussi envisagée. L’ancien patron de la commission d’investiture LREM Jean-Paul Delevoye pourrait à terme prendre la tête de ce que l’Elysée refuse d’appeler un «parti», alors que, dans les faits, la mutation politique de ce mouvement centriste, rassembleur de la gauche et de la droite modérées, est de longue date avérée.

Symbole du chaos politique sans précédent en France, le mouvement présidentiel tenait sa première réunion depuis l’élection du chef de l’Etat au même moment que le Conseil national d’un Parti socialiste en complète déroute, et alors que plusieurs ex-cadres du parti de droite Les Républicains ont reçu leur lettre d’exclusion en raison de leur rapprochement avec l’actuelle majorité.

Direction collégiale nommée au PS

Côté PS, une direction collégiale provisoire d’une vingtaine de membres a été nommée samedi, parmi lesquels plusieurs anciens ministres de seconde catégorie (le principal, Matthias Fekl, fut l’ultime ministre de l’Intérieur du quinquennat Hollande pour quelques semaines). Le prochain congrès du parti majoritaire entre mai 2012 et juin 2017 est agendé pour 2018, et le fardeau de la défaite est lourd à porter. Une baisse vertigineuse des aides publiques va résulter des échecs électoraux à la présidentielle (6,3% pour Benoît Hamon au premier tour) et aux législatives (une trentaine de députés). Et les divisions au sommet restent patentes entre les anciens supporters de Benoît Hamon et ceux de l’ancien premier ministre Manuel Valls, tous deux en congé du parti.

Malaise du côté de la droite

Du côté de la droite, le malaise a de nouveau été incarné par la présence applaudie, à la tribune de La République en marche, du premier ministre Edouard Philippe, issu du parti Les Républicains, au sein duquel la chasse aux macronistes bat son plein. Le chef du gouvernement, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire et celui du budget Gérald Darmanin ont tous reçu une lettre d’exclusion. Idem pour le député Thierry Solère, chef de file des élus de droite «constructifs» à l’Assemblée. Un bureau politique doit décider de leur sort ce lundi, alors que LREM accepte en revanche la double appartenance.

Un autre remue-ménage est aussi en cours au Front national, dont les adhérents devront dire, en septembre, s’ils souhaitent changer son nom. Marine Le Pen est par ailleurs soumise à d’importantes pressions internes pour renoncer à sa demande d’abandon de l’euro.

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