L'ardeur des autorités américaines à étendre leur campagne antiterroriste globale au sud des Philippines pourrait mener à penser que l'organisation terroriste Al-Qaida dirigée par Oussama Ben Laden a des liens récents et étroits avec les mouvements armés musulmans du sud des Philippines. En fait, et même le gouvernement de Manille le reconnaît, ces relations sont relativement anciennes et devenues fort distendues. On sait que le mouvement terroriste Abou Sayyaf a été financé au début des années 90 en partie par le beau-frère de Ben Laden, Mohammed Jamal Khalifa, qui résidait aux Philippines. Après le départ de ce dernier de l'archipel en 1994, le lien avec le réseau Al-Qaida a été rompu.

A cette époque, Manille était une base d'opérations pour un certain nombre de terroristes, dont notamment Khalid

Cheikh Mohammed arrêté samedi par la police pakistanaise à Rawalpindi et livré aux autorités américaines. Khalid, chef militaire d'Al-Qaida, passait beaucoup de temps à Manille au milieu des années 90 avec son neveu Ramzi Yousef. Habitué des gogo bars et des karaokés de Makati, il se faisait passer auprès des belles de nuit pour un richissime homme d'affaires du Qatar. C'est à Manille qu'il a préparé avec Ramzi Yousef un ambitieux attentat baptisé «opération Bojinka»: il s'agissait de faire exploser en vol douze avions commerciaux américains et d'assassiner le pape Jean Paul II lors de sa visite dans l'archipel, en janvier 1995. La police philippine a découvert le complot et Khalid Mohammed et son neveu ont quitté en 1995 les Philippines pour ne plus y revenir.

Experts artificiers formés

A l'heure actuelle, c'est probablement le Front Moro islamique de libération (FMIL) qui a les relations les plus étroites avec la mouvance terroriste internationale. Le Front Moro a formé dans ses camps plusieurs experts artificiers de la Jemaah Islamiyah, l'organisation derrière l'attentat du 12 octobre dernier contre une discothèque de Bali qui a fait près de 200 morts. Nombre de combattants du FMIL ont effectué des stages militaires dans les camps sponsorisés par Ben Laden en Afghanistan. Les forces américaines opérant dans le sud des Philippines se sont jusqu'à présent gardées de participer à toute action contre la guérilla islamique Moro. Le sujet n'a même jamais été évoqué officiellement entre Washington et Manille. Si tel était le cas, le contingent américain se heurterait à un ennemi autrement plus redoutable que les bandes de kidnappeurs d'Abou Sayyaf. Mindanao deviendrait alors une poudrière, non seulement pour les Philippines mais pour toute l'Asie du Sud-Est musulmane.