France

Ces réseaux Macron qui encerclent le pouvoir

Invité ce soir sur France 2, François Hollande sera à coup sûr interrogé sur l’offensive politique du ministre de l’Economie. Lequel, fort de ses réseaux et de sa popularité, entend bien rafler la mise à l’issue du quinquennat

«Mon conseil? Prenez des risques, quitte à échouer! Tous les risques.» Au campus de Telecom Paris Tech ce mercredi, Emmanuel Macron n’a pas réfléchi longtemps. Interrogé par les étudiants, le jeune ministre français de l’Economie a, aux côtés du PDG du géant américain Cisco John Chambers, parlé «révolution»: «La nouvelle révolution que doit réussir la France est culturelle. Il nous faut construire une société et une économie ouverte, avec plus de mobilité, en venant à bout des anticorps au changement.» Des mots assurés de planer sur l’intervention télévisée de François Hollande ce jeudi soir. D’autant qu’Emmanuel Macron y ajoute une forme de «disruption» politique: «Je n’ai aucune promesse à faire à la jeunesse. Elle doit faire la France qu’elle veut. Le rôle des leaders n’est pas de promettre: c’est de montrer l’exemple.»

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Qu’en déduire? Certainement pas que le ministre le plus populaire de France va désormais accepter de se taire. Au contraire: en assumant sa transgression avec le lancement, le 7 avril, de son mouvement «En marche» (environ 15 000 inscrits revendiqués), Emmanuel Macron a, de fait, largué les amarres. Sans pour autant se dissocier des copilotes actuels du navire France auxquels il doit sa pole position: le président de la République et le premier ministre Manuel Valls, qui mesurent le poids de sa popularité. «Sa stratégie est plutôt celle de l’encerclement, résume une ex-conseillère du ministre des Finances, Michel Sapin, que tout ce «buzz» irrite. Pour l’heure, il rassemble autour de lui le maximum de talents et de moyens. Ses priorités sont d’installer ses idées et de consolider son réseau.»

«Bankable»

Pour y parvenir, l’atout majeur du ministre de l’Economie est qu’il est très «bankable», comme l’écrit le magazine Society. «Bankable» auprès des médias qui le mettent à la une tandis que l’agence Havas Worldwide s’occupe de faire de lui le «people» politique incontournable. «Bankable» auprès du Medef, l’instance faîtière du patronat dont le numéro deux Geoffroy Roux de Bézieux, lui voue une réelle sympathie, malgré la colère des patrons sur l’insuffisante réforme du droit du travail. Et «bankable» enfin auprès de ceux qui, demain, pourront financer son action, ou faire le lobbying adéquat pour s’assurer qu’il reste aux avants-postes, même en cas d’alternance après la présidentielle de 2017.

Les gourous de l’influence politico-économique que sont en France Jacques Attali (sous les ordres duquel il travailla), Alain Minc (dont il sollicite les conseils), Louis Gallois (auteur du rapport sur la compétitivité française remis en 2012) ou Jean-Pierre Jouyet (actuel secrétaire général de l’Elysée) lui sont acquis: «Les seuls qu’il tient encore à distance sont les grands banquiers, poursuit notre interlocuteur. D’abord parce qu’il ne veut pas fâcher Michel Sapin. Ensuite parce qu’il ne veut pas passer pour un homme d’argent. Enfin parce qu’il les connaît depuis son passage à la banque Rotschild, de 2008 à 2012.»

Les réseaux d’Emmanuel Macron ne sont en outre pas que parisiens, conformément à sa conviction que les réformes françaises doivent s’inspirer de l’étranger. Depuis son arrivée à Bercy, en août 2014, l’homme a surinvesti dans le monde anglo-saxon, tout en gardant le lien avec l’establishment industriel allemand via son homologue Sigmar Gabriel. En ligne de mire? Les shows «technologiques» de Las Vegas et Los Angeles, et surtout Londres, où il est ce jeudi pour y vanter de nouveau la «French Tech». Il s’y trouvait déjà en mars, pour inviter les banquiers de la City à regarder de ce côté-ci du channel. De quoi le diaboliser encore plus à gauche: «Il est le premier VRP de l’Hexagone, assène son biographe Marc Endeweld dans L’Ambigu Monsieur Macron (Ed. Flammarion). Tous les grands patrons étrangers invités à l’Elysée parlent de lui comme le dépositaire de la marque France.»

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Reste à verrouiller l’encerclement par de solides appuis, capable de le défendre auprès de François Hollande, comme auprès d’Alain Juppé, actuel favori pour l’Elysée en 2017. Les influents caciques Claude Bébéar (Axa), Marc Ladreit de Lacharrière ou Henry Hermand bétonnent donc, dans le gotha hexagonal, son discours sur la nécessité de retrouver «un capitalisme français d’entrepreneurs et non de managers». Alors que le banquier Serge Weinberg, l’influente consultante Sophie de Menthon, l’ancien ministre et patron d’Athos Thierry Breton ou le PDG d’Orange Stéphane Richard compensent ses inimitiés avec le PDG de Renault Carlos Ghosn ou avec Martin Bouygues. Equilibre délicat: «Son problème est le même que celui de Bill Clinton jadis, aux Etats-Unis, confiait hier au Temps un conseiller de John Chambers, le PDG de Cisco. Il doit vanter la disruption économique, sans se mettre à dos les industriels. C’est là que son charme et son art de la pédagogie doivent faire la différence.»

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