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La campagne d’Emmanuel Macron: un appel au rassemblement contre le recours populiste aux boucs émissaires.
© Alexandros Michailidis

Droits de l’homme

«La résistance aux populismes se renforce»

Le directeur de Human Rights Watch, Kenneth Roth, revient, à l’occasion de la publication de son rapport annuel, sur les combats de son organisation qui fête ses 40 ans

Kenneth Roth est le secrétaire général de l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch. Il revient sur l’évolution de la lutte pour les droits humains dans laquelle son association, lancée il y a 40 ans, s’engage sans relâche. Entretien à l’occasion du rapport annuel de l’organisation publié le 18 janvier.

Le Temps: «La montée en puissance de populistes autoritaires paraît moins inéluctable qu’elle ne l’était il y a un an», écrivez-vous d’emblée en introduction de votre rapport. Mais simultanément, de grands pays démocratiques ont abaissé leur ambition et laissent prospérer un champ anti-droits humains…

Kenneth Roth: Les forces favorables aux populistes sont toujours là. Il y a toujours des gens laissés derrière par les bouleversements économiques et les inégalités causées par la mondialisation. Des citoyens effrayés par les migrations dues aux guerres, à la répression, à la pauvreté et au changement climatique. Des hommes et des femmes victimes de la répétition traumatisante d’attaques terroristes.

Ces symptômes sont exploités par les démagogues pour alimenter la xénophobie et l’islamophobie. Pour diaboliser les minorités et attaquer les droits humains. Mais la résistance aux populismes augmente et permet de freiner leurs agendas.

– Un exemple édifiant?

La France. Dans d’autres pays européens – Autriche et Pays-Bas, notamment – les candidats aux élections générales du centre et du centre droit ont concurrencé les populistes en adoptant bon nombre de leurs positions. Ils espéraient peut-être barrer l’attrait des populistes, mais au final, ils n’ont fait que renforcer et légitimer leur message. Macron a choisi une approche différente pendant sa campagne présidentielle. Il a défendu les principes démocratiques et repoussé les efforts du Front national pour fomenter la haine contre les musulmans et les immigrés.

– Quel danger représente Trump et quel impact peut-il avoir sur la marche du monde et le clivage de la société américaine?

– C’est un désastre total. Donald Trump a remporté l’élection présidentielle avec cette même campagne de haine contre les immigrants mexicains, les réfugiés musulmans et d’autres minorités raciales et ethniques, et avec un mépris évident pour les femmes. Mais une réponse forte est venue de groupes civiques, de journalistes, d’avocats, de juges, de nombreux citoyens et même d’élus du Parti républicain.

A l’arrivée, la résistance a limité les dégâts: il n’a pas imposé son «Muslim Ban» [un décret anti-migration qui vise à interdire l’entrée sur le territoire de ressortissants de six pays dont la population est majoritairement musulmane, ndlr], n’a toujours pas pu remettre en cause l’Obamacare, n’a pas pu renvoyer les personnes transgenres de l’armée et même, dans certains cas, expulser des immigrés résidents de longue date.

– Une vision un rien idéaliste?

– Non. Il a parallèlement réactivé une politique cruelle et décriée d’incarcération massive des délinquants, assoupli le contrôle des abus commis par la police et réduit le financement mondial pour la santé reproductive des femmes. Et puis, il a brisé bien des tabous, sur la xénophobie, le racisme. Or, les tabous existent pour une bonne raison. Une fois brisés, ils sont durs à rétablir.

Après, quand il est tellement dans la caricature vulgaire et parle des «trous à rats» («shithole countries»), il provoque des réactions qui reviennent à l’isoler, à l’étranger comme aux Etats-Unis. De même, son soutien aux autocrates ou son amputation du budget du Département d’Etat, à la dérive, n’est pas forcément tenable.

– Quelle devrait être la politique la plus équitable et humaine vis-à-vis des migrants?

– Il faut prendre exemple sur le Canada, de loin le pays qui a une réelle tradition d’accueil des migrants. Qui s’accepte comme multiculturel et a vu son premier ministre accueillir des réfugiés syriens en personne à l’aéroport. Contrairement à l’Allemagne, il y a un large consensus citoyen pour que cela se passe ainsi. Le Canada, c’est une sorte d’anti-Australie, le pays le plus dur. Un pays qui est allé jusqu’à transférer dans un centre de rétention sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, des centaines de réfugiés et de demandeurs d’asile…

– De fait, 2017 aura aussi été marquée par l’activisme sur les droits humains d’Etats de petite et moyenne taille…

– Certains ont manifesté une volonté impressionnante de prendre le leadership lorsque les principales puissances restaient silencieuses face aux atrocités de masse commises au Yémen ou tentaient même d’entraver les efforts pour y répondre. L’idée d’une enquête a reçu au mieux un soutien mitigé de la part des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France, tous d’importants fournisseurs d’armes de l’Arabie saoudite. Aucun ne souhaitait prendre position publiquement.

Face à ce silence, les Pays-Bas sont intervenus et ont ouvert la voie, avant d’être rejoints par le Canada, la Belgique, l’Irlande et le Luxembourg. L’Arabie saoudite a menacé de rompre les liens diplomatiques et économiques avec toute nation soutenant l’enquête. Toutefois, en partie à cause de cette menace, l’Arabie saoudite a été contrainte d’accepter l’ouverture d’une enquête de l’ONU.

– La bataille autour des «fake news» sur les réseaux sociaux, notamment, bat son plein. Est-ce un handicap pour vous?

– Il y a toujours eu de la propagande. Avec les médias sociaux, cela permet à des Etats de s’affranchir des médias traditionnels en jouant sur une relation directe avec le peuple. Mais les médias sociaux nous permettent aussi de communiquer et de toucher beaucoup plus de personnes qu’auparavant. 3,5 millions nous suivent sur Twitter et Facebook. Il y a encore cinq ans, on publiait un rapport et point. Désormais, les réactions n’ont rien à voir. La moitié des visiteurs de notre site viennent depuis les réseaux sociaux.

– HRW va fêter ses 40 ans. Vous avez grossi par deux tous les cinq ans, vous comptez plus de 400 salariés, publiez un rapport tous les trois jours. Voulez-vous grandir davantage? Quelles sont vos prochaines campagnes?

– On va multiplier les travaux et les enquêtes sur le business et les droits humains, l’environnement et les droits humains, les droits des minorités – femmes, enfants, migrants, LGBT, et même les vieillards dans les maisons de retraite. On vient aussi de lancer un nouveau programme sur l’intelligence artificielle et un autre sur les cautions dans le système judiciaire, qui sont caractérisées par des préjugés sociaux ou racistes. Après, on veut encore grandir: la lutte pour les droits humains n’a pas de limites.

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