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France

La Résistance au Panthéon, cinquante ans après Jean Moulin

La grande cérémonie d’hommage républicain rendue mardi et mercredi à Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, célébrera «l’esprit de résistance». Un spectacle dont le président François Hollande pourrait aussi tirer profit, en vue de son éventuelle candidature en 2017

La Résistance au Panthéon, cinquante ans après Jean Moulin

France Les honneurs rendus à Jean Zay, Geneviève de Gaulle, Pierre Brossolette et Germaine Tillion débutent ce mardi

«Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses…».

Nous sommes le 19 décembre 1964. Par une journée glaciale battue par le vent, André Malraux, ministre de la Culture du général de Gaulle présent sur place, accompagne de son plus fameux discours le transfert au Panthéon des cendres de Jean Moulin, dirigeant du Conseil national de la résistance, mort le 8 juillet 1943 après avoir été torturé par la Gestapo de Lyon.

Cinquante ans après, tel est le morceau de bravoure oratoire auquel François Hollande va se retrouver confronté, en prononçant lui-même, mercredi, l’hommage aux quatre autres personnalités de la Résistance qu’il a décidé de faire entrer dans ce temple de la République française dont le fronton clame: «Aux grands hommes, la patrie reconnaissante.»

Un hommage d’autant plus solennel qu’il sera pour la première fois paritaire, prononcé pour célébrer la mémoire de deux femmes déportées au camp de Ravensbrück: la grande combattante sociale Geneviève de Gaulle Anthonioz, nièce du général (1920-2002) et l’ethnologue engagée Germaine Tillion (1907-2008); et de deux hommes morts avant la fin de la guerre, l’ancien ministre de l’Education Jean Zay, qui fut assassiné par la milice pro-allemande (1904-1944), et Pierre Brossolette (1903-1944), l’adjoint et rival de Jean Moulin, qui se défenestra après son arrestation.

En 2007, dès le début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy avait décidé de faire lire dans toutes les classes de France la dernière lettre du très jeune résistant Guy Moquet, fusillé à 17 ans en octobre 1940 par les Allemands en représailles pour le meurtre d’un officier. La volonté présidentielle, cette fois, est à l’évidence de fournir la postérité en images et en instants solennels, alors que les derniers «compagnons de la libération» s’éteignent peu à peu.

Images pour la postérité

Dès ce mardi, les cercueils contenant, soit des ossements (Zay), soit des cendres (Brossolette), soit de la terre prélevée sur leur lieu d’inhumation (de Gaulle et Tillion) seront présentés aux Parisiens sous la coupole de la Sorbonne après la projection d’images d’archives. Ils seront transportés le lendemain au Panthéon encadré par la Garde républicaine à cheval, avant d’entrer dans la nef au son du «Chant des partisans»Ami, entends-tu les cris noirs des corbeaux sur nos plaines, Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne… – dont les paroles furent écrites, en 1943, par Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon.

Pour la France de 2015, engluée dans la crise, taraudée par le doute, abîmée par la perte de confiance en ses dirigeants – à commencer par François Hollande, avec moins de 20% d’opinions favorables – et taraudée par la progression du Front national, l’exercice a, sur le papier, l’allure d’un antidote. L’itinéraire des quatre panthéonisés, dont le choix a parfois été controversé, est supposé incarner les vertus républicaines: la liberté pour Pierre Brossolette, l’égalité pour la féministe Germaine Tillion, la fraternité pour Geneviève de Gaulle (qui cofonda ATD quart monde) et la laïcité pour le haut fonctionnaire juif Jean Zay (Le Ministre assassiné, Ed. Tallandier), victime de la haine antisémite.

Impossible, toutefois, de ne pas déceler aussi dans ce grand spectacle républicain, la volonté claire de François Hollande de renforcer sa stature, en vue d’une nouvelle candidature en 2017. Une remarque «déplacée» pour l’Elysée où l’on refuse de dire qui a préparé le discours que le chef de l’Etat a peaufiné au cours du week-end. «Ce sera son texte. Un grand texte», disent ses collaborateurs. En se réjouissant déjà, si tout se passe bien et si le discours est à la hauteur, de la profusion d’images pour une future campagne. Alors que Nicolas Sarkozy s’apprête, comme par hasard le 30 mai, à rebaptiser l’UMP… «Les Républicains».

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