Angela Merkel semble désormais voler d'un succès à l'autre. Après le Sommet européen sur l'environnement, la réussite du 50e anniversaire du Traité de Rome et l'adoption de la Déclaration de Berlin, la chancelière était de retour mardi d'un voyage de trois jours au Proche-Orient où, assurent les analystes, «l'opinion de la chancelière commence à compter».

Pendant ce temps, à Berlin, le principal rival de la chancelière, mais aussi son allié de circonstance au sein de la grande coalition, le président du Parti social-démocrate Kurt Beck, s'enfonçait dans une proposition alambiquée pour une conférence de la paix en Afghanistan avec les talibans. Alors même que les Tornados allemands s'envolaient pour une mission de repérage de six mois là-bas.

«Blanche Neige et les sept...»

La comparaison a quelque chose de cruel pour un président du SPD qui cherche à imposer sa différence. Mais la chancelière, qui s'affiche désormais comme la femme à succès de l'Europe, a bel et bien creusé l'égard avec le reste des dirigeants politiques allemands. Et pas seulement avec Kurt Beck, qui, selon l'hebdomadaire Der Spiegel, «parle beaucoup mais ne dit rien».

A l'heure de l'apéritif, lorsqu'ils évoquent Angela Merkel et ses collègues chrétiens-démocrates du gouvernement, les Allemands persiflent volontiers sur «Blanche Neige et les sept nains». L'allusion fut même reprise en titre d'un éditorial de l'hebdomadaire Stern en début d'année. «La chancelière brille, mais pas le reste», soulignait un éditorial de la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Sur la scène internationale, elle sait jouer à la fois du sens de l'écoute et de sa trajectoire personnelle comme fille d'un ancien pays communiste, mais ne cache pas son plaisir d'exercer le pouvoir. Avec moins de bonheur affiché, Angela Merkel a réussi aussi sur le plan intérieur à engranger des résultats. La réforme du fédéralisme, qui répartit mieux les compétences entre les Länder et l'Etat fédéral, la retraite à 67 ans, la réforme du système de santé, celle de l'imposition des entreprises, etc. Cela n'est pas allé sans mal, sans polémiques ni déchirements, mais la chancelière a su mener les projets à terme sans jamais donner le sentiment de devoir elle-même se mêler des disputes. Sans coups de mentons, «c'est moi le chef» comme Gerhard Schröder «elle utilise désormais son aura internationale pour imposer son point de vue en évitant les rapports de force», dit un de ses proches conseillers. Elle ruse, joue les uns contre les autres, avance ses pions pour en retirer en semblant ainsi faire des concessions et chercher le compromis.

Trois sur quatre satisfaits

Et c'est ainsi qu'une majorité d'Allemands est insatisfaite voire mécontente du travail du gouvernement, mais que trois quarts seraient satisfaits de celui de la chancelière, selon un sondage réalisé par Stern.

Le fossé semble d'ailleurs s'élargir surtout entre Angela Merkel, qui est toujours présidente de la CDU, et les responsables de son parti. Sur la politique familiale, le salaire minimum, l'abandon programmé de l'énergie nucléaire ou l'assainissement des finances, à chaque fois la chancelière a dû finalement afficher son soutien aux propositions de ses ministres sociaux-démocrates contre les députés de son propre camp. Il lui a même fallu apporter un appui très insistant aux propositions de sa ministre de la Famille, Ursula von der Leyen, une conservatrice qui a le tort de ne pas avoir été élue au Bundestag et que la base de la CDU accuse de faire une politique socialiste avec son projet de multiplier par trois les places de crèches.

Les observateurs reprochent aussi le peu de personnalités chrétiennes-démocrates marquantes encore présentes comme députés au Bundestag. «Que les ministres SPD l'abandonnent un jour, et le groupe CDU ne pourra même pas présenter un ministre des Finances ou des Affaires étrangères pour assurer l'intérim», a écrit récemment un grand quotidien national.

Il est ainsi significatif que la réforme de l'imposition des entreprises a été préparée en commun par le ministre SPD des Finances, Peer Steinbrück, et le ministre-président de Hesse, Roland Koch, faute d'éminents spécialistes fiscaux au sein du groupe. Mais les barons régionaux qui l'attendaient à la faute en sont désormais pour leurs frais.