Proche-Orient

La restauration du tombeau du Christ: une sacrée bataille

Les travaux de restauration de l’édicule de marbre au cœur du Saint-Sépulcre ont commencé début mai. La décision a été finalement prise après trois décennies de négociations entre les différentes Eglises de Terre sainte, gardiennes de la basilique de la résurrection

Alléluia! Au terme de trente ans de négociations et de marchandages, les Eglises latine (franciscains), orthodoxe grecque et arménienne en Terre sainte sont tombées d’accord en mars dernier pour entamer la remise en état de l’édicule de marbre de plusieurs mètres de haut protégeant la pierre de l’Onction où le corps du Christ aurait été déposé à la descente de la Croix, selon la tradition religieuse.

L’édicule n’a cessé de se dégrader

Cet écrin érigé en 1809-1810 protège un caveau humide et à l’atmosphère étouffante par l’encens dans lequel défilent quotidiennement des milliers de pèlerins chrétiens venus du monde entier. Il se trouve dans la basilique du Saint-Sépulcre, au cœur de la Vieille Ville de Jérusalem.

Mais l’état de l’édicule, notamment malmené par un tremblement de terre en 1927, n’a pas cessé de se dégrader. Parce que le nombre de touristes défilant quotidiennement a considérablement augmenté en quelques décennies et que les conditions climatiques difficiles font également leur œuvre.

En 2015, inquiète de voir s’effondrer une structure ajoutée à l’édicule en 1934 afin de le renforcer, la police israélienne avait d’ailleurs menacé d’ordonner la fermeture temporaire du lieu saint. Quitte à déplaire au monde chrétien.

Le chantier qui a débuté le 8 mai n’aurait-il pas pu démarrer plus tôt? Plus facile à dire qu’à faire puisque rien n’est simple au Saint-Sépulcre. En effet, si les Latins, les orthodoxes grecs et les Arméniens résident dans la basilique, les églises coptes, syrienne orthodoxe et éthiopienne y ont également des droits. Elles sont toutes jalouses de leurs prérogatives, ce qui transforme la moindre velléité de changement en un casse-tête inextricable.

Concrètement, un protocole conclu en 1852 règle les détails des horaires et des cérémonies de chaque Eglise ainsi que l’usage des chapelles. Cependant, la gestion du lieu – dont la plus grande partie est occupée par les orthodoxes grecs – est régie par une loi ottomane qui n’ôte aucun droit aux Eglises qui ne se serviraient pas des lieux. D’ailleurs, la petite chapelle des Syriens est inutilisée depuis des décennies, mais personne n’ose la toucher.

Les travaux de rénovation en marche

Chaque église veille donc avec un soin scrupuleux sur son pré carré. Cette vigilance de tous les instants alimente les frustrations, les jalousies, ainsi que des guerres d’ego et de préséance. Parfois, cette tension dégénère en échange d’horions, comme ce fut le cas en novembre 2008 lorsque des orthodoxes grecs et des Arméniens se sont battus à coups de bougeoirs et d’encensoirs devant le tombeau du Christ. L’affaire a été réglée par une unité antiémeute de la police israélienne qui mit fin à cette fort peu chrétienne échauffourée et emmené ses protagonistes au commissariat.

Quoi qu’il en soit, le 8 mai, les travaux de rénovation menés par des spécialistes grecs ont commencé lorsque des techniciens sont venus faire des relevés avec un appareillage électronique de pointe. Ils se poursuivent depuis lors à un rythme soutenu.

En principe, le chantier devrait durer jusqu’au début de 2017, mais tout porte à croire que le délai initial sera dépassé. Au fil des mois, l’édicule protégeant le caveau sera donc démonté, consolidé puis remonté à l’identique. Seules les plaques de marbre cassées ou irrécupérables seront remplacées par des experts travaillant dans un local séparé. Les autres seront restaurées.

«J’ai l’impression que l’on porte atteinte à la sainteté du Seigneur»

Pendant ce temps, les pèlerins sont toujours autorisés à se rendre sur la tombe du Christ. Ils défilent en passant dans une sorte de sas de sécurité qui a été établi à l’entrée. «On a d’abord cru qu’il s’agissait d’une protection antiterroriste», affirme Osvaldo Jimenez, responsable d’un groupe de chrétiens mexicains «en route sur les pas du Christ». A quelques mètres derrière lui, une touriste brésilienne affirme «comprendre qu’il faille faire des travaux» mais ne pas l’accepter. «J’ai l’impression que l’on porte atteinte à la sainteté du Seigneur», lâche-t-elle. «Avec tout ce que l’homme arrive à faire aujourd’hui, il y avait sans doute d’autres moyens de protéger le Saint-Sépulcre.»

La plupart des visiteurs étrangers croisés autour des travaux ne sont cependant pas de cet avis. La plupart se réjouissent au contraire que l’endroit retrouve une partie de sa splendeur passée. «Après le Saint-Sépulcre, ce sont d’ailleurs les institutions de l’Eglise qu’il faudrait également ravaler», lâche Ghislaine Duriaux, une croyante venue de Saint-Amand-les-Eaux (France), cela lui ferait sans doute le plus grand bien et lui permettrait peut-être de retrouver les vraies valeurs de son message originel.»

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