Alors qu’une chape de plomb s’abat sur l’Iran, Téhéran bascule dans la violence. «En cas d’effusion de sang, vous serez responsables!», a prévenu, dès vendredi, le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, lors de la grande prière hebdomadaire.

Cette mise en garde n’a pas empêché les manifestants de descendre à nouveau, ce week-end, dans les rues de la capitale. A leurs risques et périls. Dans certains quartiers, plusieurs milliers d’entre eux ont été accueillis par les forces de l’ordre à coup de jets d’eau et de grenades de gaz lacrymogène. D’autres auraient été touchés par des tirs de balles réelles. Certains affrontements opposant les protestataires aux bassidjis ont vite dégénéré, les uns jetant des pierres, les autres répondant avec leurs matraques et leurs armes à feu. La télévision d’Etat, habituellement peu bavarde sur le sujet, a fait état de 13 victimes dans les accrochages de samedi. Mais selon les défenseurs des droits de l’homme, les chiffres seraient nettement plus élevés.

Arrestations de blessés

Plus d’une semaine après le début de ce mouvement de contestation sans précédent dans l’histoire de la République islamique, il est très difficile d’établir un bilan de la violence qui sévit. Selon les recherches menées par une ambassade occidentale, près de 100 personnes auraient trouvé la mort au cours des huit derniers jours. Les déplacements de la presse étrangère étant limités, les nombreuses informations officielles et officieuses, qui circulent essentiellement sur Internet, sont difficilement vérifiables. Si le renforcement de la répression semble avoir mis un terme à la protestation dans les provinces, il est quasiment impossible d’évaluer le nombre de victimes en dehors de Téhéran. Un communiqué officiel du procureur général de la province d’Ispahan, rapporté par l’agence de presse Fars, a rappelé aux «quelques éléments» à l’origine des troubles, que «le code pénal islamique prévoit l’exécution pour de tels individus faisant la guerre à Dieu». De quoi refroidir les protestataires.

La Campagne internationale pour les droits de l’homme en Iran s’inquiète, pour sa part, d’une nouvelle tendance: l’arrestation de manifestants blessés se rendant à l’hôpital. «L’arrestation de citoyens venus se faire soigner est à condamner», relève Hadi Ghaemi, le porte-parole de l’organisation basée aux Etats-Unis. Selon lui, il aurait aussi été demandé au personnel hospitalier de fournir un rapport détaillé sur leurs patients blessés lors des manifestations. Résultat: de nombreux blessés préfèrent risquer leur vie plutôt que d’aller se faire soigner. Selon l’AFP, plusieurs personnes, dont des membres du corps médical, ont dit avoir reçu un message téléphonique les avertissant que leur téléphone était sur écoute et interdisant tout contact avec la presse étrangère.

Incompréhension

Samedi, l’incompréhension et la confusion sont également montées d’un cran, avec l’annonce, par la télévision iranienne, d’un attentat-suicide dans le mausolée de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny. La police a tiré en l’air pour empêcher des heurts entre les partisans de Moussavi et ceux du président Mahmoud Ahmadinejad. Les uns disent y voir la marque possible des Moudjahidin, l’organisation de résistance armée au régime iranien, en exil. Les autres émettent des doutes sur l’origine de cette attaque, en se demandant s’il ne s’agit pas d’un «coup monté de l’intérieur».

Sur une des pancartes des manifestants, on pouvait lire la semaine passée ce slogan: «Fatigue = défaite; endurance = victoire». La répression pourrait néanmoins sonner le glas de la mobilisation iranienne.