Au moment où Nicolas Sarkozy se prépare à quitter le gouvernement, la presse et le monde politique français s'efforcent de faire le bilan d'une action où il est difficile de démêler les déclarations volontaristes et les résultats réels. Dans l'opposition, naturellement, on fait valoir qu'il n'a atteint ses objectifs ni au Ministère de l'intérieur, où il est resté près de deux ans, ni au Ministère des finances, où il a passé huit mois. Dans son propre camp, même si le moment n'est pas propice aux critiques, on a pu entendre des réserves sur son action dans les deux ministères. Quant aux observateurs moins engagés, ils oscillent entre l'admiration pour la méthode, pour la capacité à dessiner des objectifs et à les faire connaître, et les doutes quant à l'étendue des résultats.

Au Ministère de l'intérieur, Nicolas Sarkozy a réussi à diminuer le sentiment d'insécurité et à remobiliser les forces de police qui avaient été secouées dans les mois précédents par des conflits avec le gouvernement de Lionel Jospin. Dans un premier temps, les statistiques des délits et des agressions se sont améliorées. Mais sur les deux ans de son ministère, les progrès sont moins sensibles que prévu (Dominique de Villepin le notait perfidement en avril dernier lorsqu'il est arrivé au Ministère de l'intérieur). Nicolas Sarkozy est aussi parvenu à obtenir la création d'une instance représentative des musulmans de France. Cette institution est aujourd'hui divisée, et on lui reproche d'avoir favorisé la reconnaissance d'un courant de l'Islam réputé intégriste.

Quand il devient ministre des Finances en avril dernier, Nicolas Sarkozy annonce un programme ambitieux: le retour de la croissance, la défense de l'emploi, une action résolue pour revenir à des équilibres budgétaires conformes au Pacte de stabilité européen, et la diminution de la dette. Le budget 2005, qui vient d'être voté par le parlement, fait revenir le déficit au-dessous des 3%. La prévision de croissance pour l'an prochain reste de 2,5% malgré la conjoncture. Nicolas Sarkozy a réussi à diminuer très légèrement l'endettement de la France et à s'attaquer à un dossier tabou, la diminution du nombre des fonctionnaires. Son bilan est moins favorable pour l'emploi et il reste en demi-teinte sur la question de l'augmentation des prix à la consommation.

Au cours des huit derniers mois, Nicolas Sarkozy aura cependant imposé une méthode, faite de volontarisme et d'une grande efficacité dans la négociation. Il a renoué le contact avec les syndicats, notamment à l'EDF-GDF – même si le changement de statut réalisé et la perspective d'une recapitalisation sur le marché en 2005, peuvent encore créer des conflits. Il est intervenu dans de lourds dossiers: la fusion Sanofi-Aventis, le redressement d'Alstom, le conflit Perrier, par exemple. Et il a conjugué la défense du marché concurrentiel et les démarches interventionnistes directes auprès des dirigeants des grandes entreprises. Un paradoxe, dont il fait désormais un principe politique.