«Un pas en avant, deux pas en arrière, un pas d'un côté, deux pas d'l'aut'côté»… Si l'on prenait les tensions nord-irlandaises à la légère, on pourrait les comparer à cette danse traditionnelle qui fait bouger les protagonistes tout en les maintenant sur place. Dernier épisode en date, la reculade de l'Armée républicaine irlandaise (IRA): après avoir proposé jeudi dernier, pour la première fois, un plan de désarmement complet visé au préalable par la commission internationale indépendante chargée du dossier, l'organisation paramilitaire a annoncé mardi qu'elle retirait son offre. Motif invoqué, le refus «inadmissible» des unionistes d'accepter ce plan, et les «manœuvres» du gouvernement britannique destinées à faire pression sur les républicains. Mais cette nouvelle volte-face, qui accroît la tension en Irlande du Nord sans couper tout espoir de solution, tombe le jour même où la police colombienne confirme qu'elle a arrêté trois militants de l'IRA soupçonnés d'avoir entraîné quinze jours durant les révolutionnaires marxistes des FARC, la plus puissante rébellion du pays, au maniement des armes et des explosifs.

L'idée que ces trois membres de l'organisation terroriste, dont deux ont été formellement identifiés, étaient aussi en Colombie pour négocier des achats d'armes, a renforcé la conviction des adversaires protestants des accords du Vendredi Saint, qui affirment que l'IRA n'a pas abandonné son idéologie guerrière et qu'elle n'est pas prête pour la paix. Visiblement embarrassés par cette affaire colombienne qu'ils ne maîtrisent sans doute pas, les dirigeants du Sinn Fein, l'aile politique de l'IRA, rappellent que l'organisation paramilitaire catholique respecte le cessez-le-feu qu'elle a proclamé en 1997, alors même que les milices loyalistes poursuivaient leurs violences. Les républicains estiment avoir déjà fait beaucoup de concessions, face à un gouvernement britannique qui, selon eux, tarde à tenir ses promesses sur la démilitarisation de la province, la modification de l'appareil judiciaire et, surtout, la réforme de la police. De leur côté, les unionistes, exaspérés et de plus en plus enclins à durcir le ton, constatent que, trois ans et demi après la signature de l'accord de paix, l'IRA n'a pas livré «la moindre arme ou l'once d'une charge de Semtex».

L'IRA semble avoir peu goûté le tour de passe-passe de John Reid, le ministre britannique chargé de l'Irlande du Nord, qui a suspendu les institutions nord-irlandaises vingt-quatre heures durant le week-end dernier afin de redonner six semaines de «vacances» aux parties pour trouver une solution au conflit. Mardi, John Reid a condamné le geste de l'IRA: «Après tant d'efforts et de résultats significatifs, comme les républicains l'ont eux-mêmes proclamé, le fait de casser cet accord et de lui tourner le dos moins d'une semaine plus tard sera difficilement compris, ici comme à l'étranger.»

«Effort collectif»

La crise d'aujourd'hui rappelle l'impasse de février 2000, lorsque l'IRA avait rompu avec la commission internationale indépendante pour le désarmement, présidée par le général canadien John de Chastelain. Plusieurs mois de négociations avaient été nécessaires pour faire redémarrer le processus d'application des accords du Vendredi Saint, signés en 1998. Cette fois, l'IRA semble ne pas avoir coupé les ponts avec la commission de Chastelain. Elle «continuera d'observer les développements», et rappelle que «le maintien de la paix est un effort collectif». Une manière de renvoyer la balle dans le camp de David Trimble, déclencheur implicite des difficultés actuelles, avec sa démission, le 1er juillet dernier, de son poste de premier ministre du gouvernement semi-autonome et biconfessionnel. Un acte qui a, par ailleurs, singulièrement tendu les relations du leader unioniste avec son plus précieux allié, Tony Blair.