La première visite d'Ingrid Betancourt en Colombie depuis sa libération, le 2 juillet dernier, aura duré moins de 24 heures. La Franco-Colombienne, qui entamait dans son pays une tournée sud-américaine pour sensibiliser au sort des derniers otages de la guérilla des FARC, n'a quasiment pas touché l'asphalte des rues de Bogota.

Encadrée de gendarmes français et d'une vingtaine de policiers colombiens, l'ancienne prisonnière est descendue d'avion pour rencontrer aussitôt le président colombien Alvaro Uribe, dans les installations de l'aéroport militaire de Bogota. Tout en rappelant qu'elle ne «représente qu'elle-même», la plus médiatisée des anciens otages assumait un rôle d'émissaire de l'Elysée. Elle a remis au chef d'Etat une lettre de son homologue Nicolas Sarkozy, dans laquelle le Français aurait «confirmé la volonté» de Paris d'aider à une solution négociée dans le conflit avec la guérilla marxiste.

Pas d'ambition politique

Selon Betancourt, Sarkozy a réitéré sa disposition à accueillir «Isaza», le déserteur des FARC qui s'est enfui avec un autre otage politique, Oscar Tulio Lizcano, le mois dernier. La décision correspond à la stratégie de Bogota de promettre récompense et exil doré aux guérilleros qui libéreraient leurs prisonniers. «Il est très important de montrer que nous saurons accueillir ceux qui renoncent aux armes», a insisté la Franco-Colombienne, lors d'une conférence de presse à l'ambassade de France, samedi soir.

Hier, elle devait rencontrer des proches d'autres prisonniers de la guérilla. «Si ma liberté peut servir à quelque chose, que ce soit pour obtenir celle de mes anciens compagnons», a-t-elle insisté, disant renoncer à toute autre ambition politique en Colombie. Parmi les 2800 personnes toujours détenues en Colombie par des groupes armés de tous bords, le plus souvent contre rançon, il reste 28 officiers, sous-officiers et politiciens, prisonniers depuis parfois onze ans, que les FARC veulent échanger contre leurs combattants prisonniers. Betancourt, qui juge «difficile à rééditer» l'opération d'infiltration qui a permis sa libération, redoute pour eux une opération militaire à l'issue sanglante. Elle compte explorer cette semaine avec les présidents du continent des voies de négociations. «Je n'ai moi-même aucun contact avec les chefs guérilleros, et je ne me sens pas capable de retourner les rencontrer dans la jungle, reconnaît-elle, mais je crois vraiment à une solution négociée.»

La frilosité de Betancourt sur le sol colombien a laissé ses compatriotes perplexes. Suivant les conseils «des services de sécurité français et colombien», elle n'a participé que depuis Madrid, vendredi dernier, à une manifestation pour les otages à laquelle elle avait elle-même appelé. Seule son effigie, en photo ou sculpture, est apparue de loin en loin dans les défilés, beaucoup plus clairsemés que lors de deux rassemblements semblables cette année. L'ex-guérillero et traître aux FARC «Isaza» a par contre donné des interviews, seul face aux caméras sur la place centrale de Bogota.