L’accord tant annoncé a fini par arriver à Noël. Quatre ans et demi après avoir voté en faveur du Brexit, les Britanniques savent enfin ce qui va changer le 1er janvier, quand les nouvelles relations commerciales entre Londres et Bruxelles entreront en vigueur.

Retour des douanes

A partir du 1er janvier, les marchandises qui vont du Royaume-Uni à l’Union européenne (et inversement) devront être déclarées en douane. Concrètement, une entreprise britannique exportant dans l’UE devra faire une déclaration d’exportation, tandis que celle achetant le produit devra de son côté faire une déclaration d’importation. S’il s’agit d’alimentaire ou d’animaux vivants, des déclarations sanitaires ou phytosanitaires devront y être ajoutées. Il s’agit du retour des douanes, qui avaient été supprimées avec la création du marché unique européen en 1993. L’accord permettra cependant d’éviter les droits de douane et les quotas.

Ces déclarations douanières n’ont rien d’insurmontable. Le commerce européen vers le Canada ou la Corée du Sud suit actuellement des règles similaires. Mais il faudra une période d’adaptation. Il faut par exemple des spécialistes des douanes pour réaliser ces enregistrements techniques, qui nécessitent des connaissances administratives pointues. Le gouvernement britannique estime qu’il faudrait 50 000 agents spécialisés supplémentaires, mais seuls 3000 ont été formés pour l’instant.

Tourisme moins fluide

Ni l’UE ni le Royaume-Uni n’imposeront de visa pour les touristes. Néanmoins, d’importants changements vont avoir lieu. Un Britannique se rendant en voiture en France via le tunnel sous la Manche devra désormais s’équiper d’un permis de conduire international, son permis britannique n’étant plus reconnu. Il devra aussi prendre une assurance santé en cas d’urgence, la carte européenne d’assurance maladie n’étant plus valable. Et s’il a un animal domestique, il devra obtenir un certificat vétérinaire.

Ces questions pourraient à terme être résolues. Rien n’empêche Londres et Bruxelles de signer un accord de reconnaissance mutuelle des permis de conduire ou de la carte d’assurance maladie, comme c’est le cas entre la Suisse et l’UE. Mais cette négociation, comme toutes les autres, était gelée en attendant l’accord de libre-échange qui vient d’être conclu.

Fin de la liberté de circulation

La libre circulation des Européens au Royaume-Uni (et réciproquement) se termine. Le changement est majeur. Un Européen (ou un Suisse) désirant travailler au Royaume-Uni après le 1er janvier devra obtenir un permis de travail, suivant un système de visa à points. Il faudra avoir une offre d’emploi avec un salaire annuel d’au moins 26 500 livres (32 000 francs), même si des exceptions seront faites selon les secteurs (notamment dans l’agriculture). Beaucoup de jeunes Européens, qui partaient au Royaume-Uni et exerçaient de petits boulots, ne pourront plus vivre la même aventure.

Les quelque 4 millions d’Européens (et les Suisses) présents au Royaume-Uni avant le 1er janvier (et inversement les Britanniques vivant dans l’UE) conservent en revanche leur droit de résidence et de travail. Il leur faut néanmoins s’enregistrer auprès du Ministère de l’intérieur.

Fin d’Erasmus

Le Royaume-Uni, qui était le quatrième pays destinataire d’Erasmus, sort de ce programme d’échange d’étudiants. Michel Barnier, le négociateur européen, l’a publiquement regretté. Après tout, des pays comme la Suisse, la Turquie et la Serbie, non membres de l’UE, font partie d’Erasmus. Boris Johnson a reconnu que la décision avait été «difficile», mais explique que le problème est financier: beaucoup plus d’étudiants européens vont en échange universitaire au Royaume-Uni que l’inverse, et son gouvernement est donc «contributeur net». Le premier ministre britannique va mettre en place un nouveau programme à destination des étudiants britanniques partant à l’étranger.

Ce retrait n’aura pas d’impact pour les étudiants européens ou britanniques qui suivent actuellement un échange Erasmus. Celui-ci pourra être mené à son terme. Mais il n’y aura pas de nouveaux participants Erasmus à la rentrée 2021 au Royaume-Uni.

Par ailleurs, les étudiants européens seront désormais considérés comme des étrangers par les universités britanniques. Les frais d’inscription, qui étaient jusqu’à présent les mêmes que pour les Britanniques (autour de 12 000 francs) vont fortement augmenter. Cela varie d’une université à l’autre, mais cela représente en moyenne un doublement.

Fin du passeport financier

La City, premier centre financier d’Europe, ne pourra plus vendre ses produits financiers à travers l’UE après le 1er janvier. Cela force les grandes banques suisses, américaines ou japonaises, qui avaient leur principale base à Londres, à ouvrir des filiales dans l’UE. Dublin, Francfort, Luxembourg et Paris se répartissent les délocalisations. Celles-ci demeurent néanmoins limitées, étant estimées à environ 10 000 emplois.