Cette semaine aurait dû être un triomphe. La tourmente financière, l'effondrement du capitalisme, Olivier Besancenot n'attend que ça. Mais au lieu d'avancer ses thèses sur la nationalisation des banques, le leader de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) se retrouve empêtré dans une polémique sur la violence armée, à laquelle son parti n'a pas totalement renoncé.

Les ennuis ont commencé le 1eroctobre, avec la publication par L'Express d'une interview de Jean-Marc Rouillan. Cofondateur d'Action directe, un groupe terroriste des années 1980, il sort de 20ans de prison pour son implication dans plusieurs assassinats. Dans cet entretien, il annonce son adhésion au nouveau parti anticapitaliste qu'Olivier Besancenot est en train de créer.

«Une ambiguïté»

L'objectif de Jean-Marc Rouillan est de «porter le conflit ([dans la société) jusqu'à l'affrontement», sans exclure la lutte armée «à un moment du processus révolutionnaire». La justice a aussitôt mis fin au régime de semi-liberté dont il bénéficiait, et l'a renvoyé en prison au moins jusqu'au 16 octobre.

Depuis, Olivier Besancenot et la LCR se perdent en déclarations alambiquées. Tout en soulignant leur «désaccord» avec Jean-Marc Rouillan, ils ne remettent pas en cause son adhésion, et expriment des idées parfois voisines des siennes. «Pour moi, la révolution ce n'est [...] pas tuer les patrons à chaque coin de rue», déclarait lundi Olivier Besancenot. Il ajoutait: «Le problème c'est que, ce jour-là, il y aura une minorité d'individus qui ne se laissera probablement pas faire.»

Les adversaires du «facteur», auquel les analystes prédisent un brillant avenir électoral, s'en donnent à cœur joie. Des dirigeants socialistes le somment de condamner clairement le terrorisme. Dans Le Figaro, l'historien Alexandre Adler en fait le précurseur d'un «parti social fasciste de masse», qui pourrait prospérer avec la crise financière.

Qu'en est-il réellement? «La LCR n'a jamais défendu les attentats commis par Action directe, rappelle Serge Cosseron, auteur du Dictionnaire de l'extrême gauche (Larousse, 2007). Mais concernant l'usage de la violence, il ne peut y avoir de condamnation de sa part s'il s'agit de la violence des masses.»

Même diagnostic pour Eric Hacquemand, auteur d'une biographie* d'Olivier Besancenot: «Il n'est pas fasciné par la martyrologie révolutionnaire. L'objet de son nouveau parti n'est pas de créer des foyers de guérillas dans toute la France. Malgré tout, il reste une ambiguïté, le recours à la lutte armée n'est pas complètement écarté.»

Dans un ouvrage publié en 2003 (Révolution! 100 mots pour changer le monde, chez Flammarion), Olivier Besancenot avait déjà jugé légitime «l'autodéfense d'un processus révolutionnaire». L'an dernier, il a consacré un livre** à Che Guevara, icône par excellence de la lutte armée.

«Pour le Che, l'usage de la force était justifié dans une situation où il n'y a pas d'alternative démocratique», précise le coauteur du livre, Michael Löwy. Prendre les armes était légitime pour défendre la République espagnole en 1936, le soulèvement hongrois contre l'URSS en 1956, ou la révolution cubaine de 1959. Mais la France de 2008 n'entre pas dans ce cadre: «La démocratie bourgeoise, même très limitée et très formelle, reste un acquis payé par les luttes du peuple», estime Michaël Löwy, qui est aussi membre de la LCR.

Démarche pacifique

La démarche d'Olivier Besancenot demeure donc pacifique: amener la révolution, par une combinaison d'élections et de mouvements sociaux à la Mai 68. «Il est dans une démarche majoritaire, note Eric Hacquemand. Il cherche à faire moins peur pour séduire les masses.» De ce point de vue, l'épisode Rouillan n'est pas une réussite.

* Olivier Besancenot, l'irrésistible ascension de l'enfant de la gauche extrême,Editions du Rocher, 2008.

** Che Guevara: Une braise qui brûle encore,Mille et une nuits, 2007.