«Ça sent la naphtaline», s’amuse l’hebdomadaire ukrainien Dzerkalo Tijnia en analysant les récentes nominations politiques. Dans le nouveau gouvernement dirigé par Mikola Azarov se retrouvent effectivement nombre d’anciens ministres ou vice-ministres en poste sous Léonid Kouchma, président communiste de l’Ukraine de 1994 à 2004.

Clan de Donetsk

Les observateurs constatent surtout une réelle surreprésentation des régions de l’Est, fief du président Viktor Ianoukovitch, élu en janvier. Sur les 29 membres du gouvernement, 17 sont issus des régions industrielles orientales et plus particulièrement de Donetsk, où est né le nouveau chef de l’Etat. La plupart sont des membres éminents du fameux clan politico-financier du même nom, dont le parrain est Rinat Akhmetov, première fortune d’Ukraine. Quatorze régions (sur les 25 que compte le pays), presque toutes situées dans la partie occidentale de l’Ukraine, n’ont tout simplement plus aucun représentant au sein du pouvoir central à Kiev.

Pour le quotidien en ligne Ukrainska Pravda, Viktor Ianoukovitch a rétabli un «pouvoir vertical», dictant directement au premier ministre ses choix. Mikola Azarov est lui-même un fidèle parmi les fidèles du président. Sa nomination assure, selon le politologue Pétro Burkovski, «des avantages fiscaux et un accès illimité aux ressources de l’Etat pour le business du clan de Donetsk».

Viktor Ianoukovitch, à l’instar de son prédécesseur Viktor Iouchtchenko en 2004, fait aussi le grand ménage chez les hauts-fonctionnaires, notamment au sein de la police, des services secrets ou encore de l’audiovisuel public. Quatorze gouverneurs ont eux-aussi été mis à la porte et remplacés par des proches du président, notamment dans la très stratégique République autonome de Crimée.

Au-delà des connivences économiques et financières, déjà à l’œuvre sous les précédents gouvernements, nombre d’Ukrainiens reprochent aux nouveaux hommes forts du pouvoir leur dédain pour la culture et la langue ukrainienne. Quasiment aucun ministre en poste, Mikola Azarov en tête, n’utilise la seule langue officielle, l’ukrainien, en dehors des obligations protocolaires, lui préférant le russe. Certains étaient même partisans, en 2004, d’une scission Est-Ouest du pays par peur de l’arrivée du pouvoir orange à la tête de l’Etat.

Où sont les femmes?

Pour l’instant, la grogne populaire se cristallise autour de Dmitriy Tabachnik, le nouveau ministre de l’Education, intellectuel reconnu et idéologue du Parti des régions, la formation politique de Viktor Ianoukovitch. Lui qui n’a jamais caché ses sympathies profondes pour Moscou est aussi l’une de figures politiques les plus honnies des citoyens ukrainophones: l’an passé, il choquait une large partie de la population en comparant les Ukrainiens de l’Ouest à des «laquais». Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu à Lviv et à Kiev pour réclamer sa démission.

Autre fait marquant en ce début de présidence Ianoukovitch, l’absence notable de femmes dans le nouvel exécutif. Mikola Azarov s’est très maladroitement justifié: «Nous faisons face à une crise très dure et on a pris dans le gouvernement des gens capables de travailler seize à dix-huit heures par jour et de mener à bien les réformes. Ce n’est pas une affaire de femmes de réaliser des réformes.» Une manière de discréditer par la même occasion l’ancienne cheffe du gouvernement, Ioulia Timochenko, pour l’instant bien discrète à la tête de l’opposition.