Ramush Haradinaj a débarqué jeudi peu avant midi à l’aéroport de Pristina. Il a aussitôt remis son passeport aux policiers de la mission européenne Eulex, qui l’ont escorté jusqu’à son domicile. L’ancien premier ministre du Kosovo et ancien commandant de la guérilla de l’UÇK reste placé en liberté surveillée, jusqu’à l’énoncé final du verdict de son procès en appel.

Alors qu’il dirigeait le gouvernement du Kosovo, en mars 2005, Ramush Haradinaj a été inculpé par le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de crimes contre l’humanité commis contre des civils serbes, roms mais aussi albanais, dans la région de la Dukagjin, à l’ouest du Kosovo. Il a été relaxé en avril 2008, au terme d’un procès marqué par la disparition des principaux témoins que l’accusation voulait faire comparaître. En 2005, Hasan Rustemi, qui bénéficiait d’une protection des autorités internationales, était abattu à Prizren. Quelques mois plus tard, Skendër Kuci était lui aussi exécuté, avec ce message: «voici le sort des ennemis de l’UÇK». En 2007, Kujtim Berisha était fauché par une voiture dans une ruelle de Podgorica, au Monténégro. Par crainte de connaître un tel sort, une vingtaine de témoins se sont rétractés, démentant leurs déclarations initiales aux enquêteurs du TPIY. Carla Del Ponte, alors procureure générale du TPIY, dénonçait des «pratiques généralisées, systématiques et mortelles» d’intimidation des témoins.

Plaidoyer en juin

C’est d’ailleurs pour ce motif que l’accusation a fait appel de la relaxe prononcée en faveur de Ramush Haradinaj et de son coaccusé Idriz Balaj. Le second procès des deux hommes et de Lahi Brahimaj, qui avait écopé de 6 ans de prison en première instance, a repris le 11 août 2011. Les plaidoyers de la défense doivent être prononcés courant juin, et le verdict le 25 ou le 26. Ramush Haradinaj sera donc amené à faire la navette entre le Kosovo et La Haye.

On peut supposer que l’accusé offre toutes les garanties de sécurité requises et ne fera pas faux bond à la justice, mais sa libération conditionnelle sème le trouble au Kosovo, car elle intervient une semaine après l’acquittement d’un autre ancien commandant de l’UÇK, Fatmir Limaj, qui fut également député et ministre. Limaj, qui dirigeait la guérilla dans la région de Malisheva, avait été acquitté par le TPIY en 2005. De nouvelles preuves des crimes de guerre commis sous ses ordres dans le village de Kleçka avaient amené la mission Eulex à engager un nouveau procès contre lui en septembre 2011. Le 3 mai, le juge Welford-Carroll a prononcé un nouvel acquittement. En mars dernier, il avait refusé de retenir le témoignage écrit d’Agim Zogaj, un ancien combattant placé sous les ordres de Fatmir Limaj. Ce dernier avait laissé ses confessions à la justice, avant d’être retrouvé pendu à un arbre d’un jardin public de Duisburg, en Allemagne, le 2 octobre dernier. Il bénéficiait pourtant, lui aussi, d’un statut de témoin protégé. Dans un rapport adopté en janvier 2011 par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le député Jean-Charles Gardetto soulignait que «l’absence de tout dispositif de protection efficace des témoins représentait le principal obstacle à l’exercice de la justice au Kosovo».